Voyage à vélo en Irlande
Europe,  Irlande

La Wild Atlantic Way à Vélo #1 – De Lyon à Timoleague

 

Me revoilà partie pour de nouvelles péripéties. Cette fois à vélo, le long de la mythique Wild Atlantic Way, sur la côte ouest irlandaise. Une route longue de 2500 kilomètres, brassée par les embruns et aux paysages verdoyants. C'est mon premier voyage à vélo. Je ne suis pas vraiment une cycliste dans l'âme. Il y a encore deux ans, vous ne m'auriez pas fait monter sur un vélo même pour aller chercher ma baguette.

Mais que voulez-vous, les choses changent et parfois certaines découvertes vous donnent envie de vous lancer de nouveaux défis et de partir à l'aventure. 

Lyon

7 septembre 2017

Je peux enfin souffler. J'ai réussi à monter dans le train par je ne sais quel miracle. Enfin si je sais...15 minutes avant le départ de mon train pour Rennes, le quai s'affiche. Ce qui me laisse une petite fenêtre pour défaire les sacoches du vélo, démonter les roues et emmitoufler mon fidèle destrier dans sa housse de voyage.

Autant dire que je n'ai pas de temps à perdre. Le quai est plein à craquer et j'essaye tant bien que mal de trouver une petite place. J'avais à peine retourner mon vélo qu'un homme passant derrière moi m'explique que je m'y prends mal et que lui il a une super technique pour démonter les roues de son vélo sans avoir à le retourner et sans se salir. Et puis vas-y que je te regarde faire en ajoutant des petits commentaires pénibles par dessus ton épaule... On a tous rencontré quelqu'un comme ça. Du coup vous savez à quel point c'est énervant.

J'arrive finalement à enfiler le vélo dans la housse au moment où le train arrive à quai. Sauf que maintenant, il faut que je charge tout ça dans le train : la housse, deux sacoches arrières, une sacoche de guidon et un sac de rando. Et la nature ne m'a donné que deux bras...Du coup, j'ai mis Monsieur-je-sais-tout-sur-le-vélo à contribution forcée : "C'est gentil de m'aider à charger mes bagages dans le train !"

(Vous aurez noté qu'il ne s'agissait pas d'une question) J'ai même été obligée de "réquisitionner" une troisième paire de bras, tellement c'était galère, mais cette fois, j'ai demandé gentiment...

Me voilà donc dans le train. J'ai l'air d'avoir couru le marathon, mais je peux enfin souffler.

A peine ai-je eu le temps de m'endormir, qu'il est temps de remonter mon vélo et de me diriger chez les copains bretons qui m'hébergent pour une nuit. Je ne repars que le lendemain matin pour Roscoff, d'où je prendrais le ferry. Je n'ai même pas encore commencé mon voyage à vélo que je suis déjà épuisée...

Rennes

La phase de montage s'est révélée beaucoup plus longue et fastidieuse que le démontage, mais je finis par venir à bout des garde-boues qui faisaient de la résistance. Je perds près de 30 minutes à remonter mon vélo, sans parler de la galère que c'est de sortir de la gare.

Prendre l'ascenseur, monter, traverser le hall, reprendre une autre ascenseur, redescendre, arriver au milieu d'un chantier sans nom. Impossible de lire les panneaux des rues...tant pis je me lance sur la chaussée en essayant de suivre mon GPS, qui m'indique de prendre la direction Nord...Si spontanément vous êtes en mesure de vous repérer en fonction des points cardinaux dans une ville que vous ne connaissez pas, levez la main, parce que personnellement, j'ai tendance à ne pas me rappeler d'où je suis arrivée quand je sors d'un magasin...alors, trouver le Nord...

Mon vélo est lourd et les sacoches mal équilibrées. J'ose à peine m'arrêter aux stops et aux feux tellement j'ai peur de ne pas réussir à supporter le poids de ma bécane. Je ne pense qu'à une chose, sortir au plus vite de Rennes et échapper aux piétons, voitures et autres cyclistes qui surgissent de nulle part.

Après avoir galéré pendant de très longues minutes, je suis enfin lancée sur la route qui me mène chez Laurie et Kévin. Une route qui m'a paru sans fin. Je rencontre un maximum de côtes sur les quelques kilomètres (17) qui me séparent de leur maison. Je suis en nage et déjà en train de me dire que ce voyage est une énorme boulette. J'ai l'impression de tirer un poids mort.

Deux heures après avoir quitté la gare, j'arrive enfin en terre promise. Deux heures pour faire 17 kilomètres...

Oui, je sais...cela m'a fait le même effet.

Je suis accueillie par les copains, et descends fébrilement de mon vélo. C'est au moment où Laurie pousse mon vélo dans le garage que nous réalisons que mon frein arrière est bloqué sur la roue. Aucune idée de la durée de la petite blague. Je ne me suis rendue compte de rien avec les écouteurs dans les oreilles. Je trouvais juste que c'était plus difficile que d'habitude...tu m'étonnes !

Kevin me règle le frein arrière et me rajoute une béquille droite sur le vélo. Je n'ai pas pris le temps de changer la mienne qui est trop fine pour supporter le poids des sacoches. Pour info, je pars à l'assaut de la côte Irlandaise avec 30 kilos de bagages supportés par un B'Twin 520...c'est ce que l'on appelle un challenge ! Après une douche et une soirée bière/pizza, je m'effondre sur mon oreiller.

 

08 Septembre 2017

Départ 07h30. J'avais à peine tourner l'angle de la rue que, je me rends compte que mon frein arrière est trop lâche. Pourtant, nous l'avons testé avec Kevin la veille et tout était parfait. Je soupçonne le poids des sacoches d'être responsable de ce changement. Tant pis. Je n'ai pas le temps de m'en occuper, sinon je vais rater mon train.

Très rapidement, il se met à pleuvoir. Erreur du débutant, mon équipement de pluie est inaccessible pour le moment. je suis trop angoissée à l'idée de rater mon train, qui est le seul de la journée avec un compartiment vélo, pour prendre le temps de m'arrêter. C'est trempée que j'arrive à la gare. Une belle flaque s'est dessinée autour de moi pendant que j'attendais devant le panneau des départs. Inutile que je précise, qu'il ne faisait pas 30° ce jour là.

C'est reparti pour un tour d'ascenseur, mais cette fois, pas de démontage de vélo. J'ai pris un TER, je peux donc le charger dans le compartiment à vélo en entier. Grosse pensée aux ingénieurs qui ont ajouté un peu de difficultés à mon périple en prévoyant des marches et une porte étroite pour accéder à l'espace vélo...

Roscoff

Enfin, me voilà à Roscoff transie de froid et les chaussettes trempées. Impossible de sécher depuis l'averse que j'ai pris le matin même et il est déjà presque midi. Heureusement, je trouve une laverie automatique dans laquelle je vais pouvoir faire sécher mes vêtements. Je vais y passer une grande partie de l'après-midi en attendant mon ferry qui part à 20h30.

J'en profite pour essayer de remettre mon frein arrière en état de marche, mais rien n'y fait. La manette du frein reste excessivement lâche rendant les patins sans effet sur la roue. Un couple qui était en train de faire sa lessive engage la conversation avec moi.  De fil en aiguille, ils me conseillent d'aller chez un loueur de vélos qui est à 5 minutes à pied, pour régler mon problème. La boutique est fermée, mais le gérant a laissé son numéro et je l'appelle en lui expliquant ma situation. "Pas de problème ! J'arrive dans 5 minutes"...Le top. Super sympa, il m'a aidé à régler le frein, gracieusement et avec le sourire. La réputation des bretons n'est plus à faire. On aime ! 🙂

Il est enfin temps pour moi de monter sur le ferry. J'avance timidement vers le fond de la cale. L'équipage me fais signe de continuer dans leur direction. Grands sourires et myriades de "bienvenue à bord", j'ai l'impression de monter les marches du Festival et c'est plus qu'agréable.

N'ayant pas réservé de cabine, (budget oblige) j'ai un siège qui m'est réservé. Je m'attendais à un vieux fauteuil tout pourri et pas du tout confortable, sauf qu'en fait, ils sont ultra confortables et franchement inclinables. Cela ne m'aura pas empêcher de passer une nuit difficile. Impossible de trouver une position correcte pour dormir. Le confort étant la dernière de mes préoccupations lorsque je voyage, je passe outre.

Ringaskiddy, (Irlande)

09 septembre,

Je suis toute excitée. Le ferry s'approche lentement du terminal et je sors sur le pont pour observer les premières falaises de l'île d'Emeraude. Un Fou de Bassan nous accompagne sur les derniers kilomètres. Son oeil bleu fait joliment ressortir sa tête couleur crème. Ou est-ce l'inverse ? Il joue avec les courants et ne semble pas éprouver la moindre difficulté à faire face aux rafales qui elles, me poussent violemment. La lumière est encore belle et je prends quelques photos du pont, en essayant de tenir plus ou moins mon équilibre. J'espère follement qu'une famille d'orques, de dauphins ou de baleines surgira pour se joindre à nous. Mais non. Ce sera peut-être pour une prochaine fois.

Il est temps pour moi de me diriger vers la cale et mon vélo. Comme hier, je me perds dans les couloirs et tourne plus ou moins en rond en essayant de comprendre les plans du navire qui sont affichés. (Inutile que je revienne sur mon sens de l'orientation, je crois). Je récupère enfin Jolly Jumper et m'élance vers l'aventure, un peu angoissée par ce saut dans l'inconnu et en même temps très excitée.

Les panneaux de signalisation sont légèrement différents forcément et je ne suis pas encore très à l'aise. Mon souci pour le moment et de m'éloigner de Ringaskiddy, pour rejoindre la côte et penser à rester sur la gauche. J'ai déjà expérimenté la conduite à gauche, notamment en Birmanie, lorsque j'ai visité les temples de Bagan.

Je reprends facilement mes marques et cela devient très vite naturel. Il n'y a guère que les rond-points qui m'inquiètent un peu.

Je suis à peine partie que je suis déjà trempée de transpiration. J'ai le sentiment de ne pas avancer et je pense ne pas être loin de la réalité, mais je continue à pédaler. De toute façon, je ne peux plus me défiler maintenant. Le dénivelé n'est pas vraiment en ma faveur et je me rends rapidement compte que mon dérailleur avant est bloqué. Impossible de passer sur le petit plateau, censé me faciliter les ascensions. Heureusement que les côtes sont courtes et peu inclinées.

Je finis par arriver sur les petites routes irlandaises et me retrouve immergée dans la verdure.

Voyage à vélo en Irlande - Traversée en bateau

Des haies, des prés, des vaches partout autour de moi. Quelques voitures me doublent et pas franchement de la manière la plus réglementaire à mon sens, mais bon, je ne peux rien y faire à part espérer qu'il n'y aura pas d'accrochage.
Je croise mon premier cyclo-voyageur. Nous nous arrêtons pour discuter de notre voyage respectif. Il se dirige vers le Sud, moi vers le Nord. Je n'ai pas grand chose à raconter pour le moment, si ce n'est qu'il va au devant d'une longue côte d'au moins 2 kilomètres de long (que j'ai descendue avec une certaine satisfaction, je l'avoue). Il me répond en souriant qu'il en a vu d'autres depuis le début de son voyage en Irlande.

Quand je repense aujourd'hui à toutes les pentes que j'ai dévalées comme une balle et qu'il a dû, lui, monter, je me dis que mon avertissement était vraiment mignonnet. C'est mon premier voyage à vélo, alors tout me paraît extraordinaire, que voulez-vous...Après quelques minutes de bavardages, nous repartons chacun de notre côté en nous souhaitant un "safe trip".

Après une pause déjeuner rapide, j'en suis à la moitié des 50 kilomètres par jour que je me suis imposée. C'est vraiment très peu, mais s'agissant d'une première expérience, je préfère prendre mon temps, en évitant  les contraintes trop physiques. Surtout, que mes ménisques sont un peu faiblards depuis quelques mois...(je ne reparle pas du vélo sur lequel je suis, qui ne facilite pas du tout la tâche...)

Kinsale

J'arrive en tout début d'après-midi dans la petite ville de Kinsale, le long de la côte et au début de la Wild Atlantic Way (WAW). Le cadre est charmant. Le soleil a réussi à s'imposer aux nuages et offre des températures délicieusement réchauffantes. La marée est basse et les oiseaux s'en donnent à coeur joie dans leur recherche de nourriture. A force de grattouillis et de coups de bec dans le sable, les victuailles sont dévorées d'une traite.

Le vent se lève soudainement. Il offre une résistance supplémentaire à mes coups de pédales. Aucune idée de sa vitesse, mais il me ralentit encore un peu plus. Peu importe, la côte atlantique est simplement trop belle pour que je prête attention à quelques rafales de vent. Au détour d'un virage, je tombe sur cette magnifique baie, aux eaux tantôt turquoises, tantôt bleu-gris, selon les caprices du soleil et des nuages qui jouent à cache-cache.

Je suis bouche-bée devant la beauté simple et naturelle de ce paysage, mélangeant une multitude de nuances de vert et de bleu. Un couple de chevaux broute tranquillement dans son pré, au-dessus de la baie. Une table avec vue...et quelle vue ! Je m'arrête longuement pour prendre des photos et savourer le plaisir que j'ai d'être ici, en Irlande et encore plus sur la Wild Atlantic Way.

Le ciel se charge de nuances de gris, le grain tombe au large et offre un contraste magnifique avec l'eau qui s'illumine subitement, adoptant des couleurs turquoises, dignes des plus belles plages antillaises (ou presque ;)). La scène est spectaculaire. 

L'Irlande est un de mes coups de foudre de voyage. J'avais 15 ans lorsque j'ai mis les pieds sur cette terre pour la première fois. C'était à Ballina, dans le comté de Mayo dans le cadre d'un programme linguistique. J'ai été instantanément charmée et envoûtée par la beauté de ce pays et de ses décors.

Lorsque l'on est adolescent, on vit tout passionnément et intensément. Et comme j'étais un véritable coeur d'artichaut à cette époque, mon béguin de vacances à rendu ce voyage plus palpitant encore. 

Cela faisait 20 ans que l'idée de revenir ici me trottait dans la tête, repoussée toujours à plus tard. Et puis finalement, je me suis décidée et comme souvent, je me suis demandée pourquoi j'avais attendu aussi longtemps...

Je repars sur mon fidèle destrier, observant le paysage et ses couleurs qui défilent lentement sur ma gauche. La fine pluie irlandaise arrive finalement sur moi. J'ai encore quelques kilomètres à parcourir. Théoriquement, cela devrait être une formalité.

Timoleague

Le vent gagne en intensité et devient franchement gênant au moment où j'arrive à Timoleague. J'ai fait un peu plus de 50 kilomètres et je commence à être fatiguée. Je me lance à la recherche d'un endroit discret où poser ma tente.  La tâche est compliquée. Il y a des barrières partout et je n'ai pas franchement envie d'être réveillée au milieu de la nuit par le propriétaire à coups de chevrotine.

Je prends une petite allée sur la droite en espérant trouver un endroit convenable. Peine perdue. Je croise un jardinier affairé devant le portail d'une allée qui semble menée à une demeure imposante (enfin, j'imagine). Je lui demande, si je peux faire du camping dans le champ qui est juste au-dessus. "Du camping ? Mais bien-sûr pas de problème ! Vous avez un camping à quelques kilomètres après Timoleague."

C'est ce que l'on appelle un "Epic-fail" (Echec monumental, si vous préférez). Donc soit, je me suis mal exprimée et il a cru que je cherchais un camping ; soit, il m'a très bien comprise et a esquivé de la manière la plus subtile du monde. Je vote pour l'option numéro 2 ^-^.

 

Je n'insiste pas, je suis crevée et j'ai envie de prendre une douche bien chaude. Me voilà repartie en direction du camping. Les 10 derniers kilomètres sont épuisants. Je n'ai plus de jambes, le vent de faiblit pas et je dois affronter une côte ultime qui me semble interminable. J’atteins enfin mon Graal, au bout de mes forces, prête à m'écrouler sur moi-même.

Après avoir planté ma tente et bichonné un peu mon vélo, je retrouve un cycliste français, qui monte vers Galway comme moi. Il me parle du revêtement de la route, qui est selon lui épouvantable. N'ayant aucune expérience, ni recul sur la question, j'avoue que je ne vois pas trop où il veut en venir. En fait, c'est très simple, le revêtement des routes irlandaises "accroche" beaucoup, ce qui rend la progression difficile. Ceci explique donc en parti pourquoi cette journée m'a semblé si pénible sur la fin (je dis bien en partie ;))

J'avoue qu'à ce stade de mon voyage, je redoute fortement la suite du programme. J'ai l'impression d'avoir une quantité infinie de côtes à grimper, sans parler du vent qui j'ai eu de face une bonne partie de l'après-midi. Je doute très franchement d'arriver à atteindre mon objectif kilométrique et encore moins géographique, qui est Westport. Tant pis, je prends le parti de faire ce que je peux avec les moyens du bords. Dans tous les cas, cette expérience sera unique et fidèle à ma philosophie.

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