Asie,  Inde

Voyage en Inde du Nord : de Delhi à Khajuraho

L’inde du Nord est la première étape de mon voyage de 8 mois à travers l’Asie. J’appréhende beaucoup. C’est le grand saut pour moi et je n’ai pas choisi la destination la plus simple pour une première étape dans une zone géographique totalement inconnue. Mais je me dis que si je passe cette épreuve, rien ne pourra me résister pendant les prochains mois.

Pushkar, une bouféé d’air frais dans la chaos indien

Delhi. Rendez-vous ce matin avec le chauffeur qui m’accompagnera pendant tout mon circuit jusqu’à Agra. Notre première étape sera le petit village de Pushkar. Sortir de Delhi, même tôt le matin, relève clairement du défi…C’est quand même un joyeux bordel et Paris fait office de village perdu à côté de l’étendue de la capitale indienne. 

Cela klaxonne dans tous les sens et tout le monde essaye de s’insérer dans le moindre interstice qui serait laissé entre deux voitures. Nous parvenons enfin à nous extraire des bouchons et filons sur l’autoroute. La vue est monotone et ponctuée de la traversée de quelques petites villes. Pour l’instant, rien n’est tout à fait comme je me le représentais. Cela dit, les motos qui remontent l’autoroute à contre-sens ont ce petit quelque chose qui surprend. 

On s’arrête quelques kilomètres plus loin dans un petit restaurant au bord de la route. Je m’installe à une table, mon chauffeur à une autre. On ne mélange pas les genres, apparemment. Je profite de cette pause pour allumer une cigarette. La remarque tombe assez rapidement : « vous fumez, vous les françaises » avec un regard lourd de sens.  

Je comprends très rapidement que c’est mal vu pour une femme de fumer. Je me lance alors dans une grande réflexion intérieure. Est-ce que je dois continuer à me comporter comme une occidentale, et afficher mon « émancipation » et ma « liberté » en pleine rue, et ainsi peut-être faire bouger certaines mentalités (si tant est que cela ait un quelconque effet…) ? Ou dois-je me plier aux règles sociales indiennes et entretenir l’idée que les femmes ne peuvent et ne doivent pas fumer ? N’est-ce pas néo-colonialiste de croire que sous prétexte que je suis libre de fumer en France, mon mode de vie est meilleur ? Surtout que nous parlons bien de cigarettes, même si vous avez compris que mes interrogations allaient au-delà de ça. 

Ce long débat intérieur se poursuit bien après que nous ayons repris la route…J’en arrive finalement à la conclusion, qu’à part choquer les gens et attirer l’attention sur moi, fumer dans la rue n’apporterait rien à personne. Je décide de limiter ma consommation  à la terrasse de l’hôtel. Cela ne me fera pas de mal, d’ailleurs.

On arrive tant bien que mal à Pushkar, après quelques 8 heures de trajet et une panne mécanique quelque part au milieu de ce qui me semble être nulle part. Je suis épuisée. Le Rajasthan est beaucoup plus attrayant que les alentours de Delhi. Les paysages sont toujours très désertiques, mais il commence à se dégager un petit quelque chose qui éveille l’intérêt. 

J’arrive enfin à l’hôtel au bon moment pour assister au coucher de soleil depuis le toit et apprécie le calme qui règne ici. Et puis j’ai droit à la meilleure chambre. Elle donne sur un champ et une petite ferme. Ambiance champêtre par ici…Autant vous dire que je me suis effondrée sur mon oreiller…

Le lendemain, après un petit-déjeuner avec vue, je suis partie me promener dans le village. Les rues sont étroites et agréables. Il y a du monde partout, mais l’ambiance est beaucoup plus calme qu’à Delhi (difficile de faire pire en même temps…) Le village donne sur un petit lac. Toute la vie semble s’être organisée autour. Au détour d’une ruelle, je croise un large groupe de personnes. Un mariage apparemment. C’est une profusion de couleurs qui s’étalent tout autour de moi. C’est magnifique. L’Inde telle que je me la représentais.

Pushkar est réputée pour être une ville très spirituelle. Selon la légende, un pèlerin aurait déposé des pétales de fleurs (Push) dans le lac situé au centre de la ville. Un jet de lumière serait alors apparu et la ville fut baptisée Pushkar. J’en conclus que « Kar » veut dire lumière ou quelque chose dans ce goût là, mais c’était un peu confus, je ne suis pas tout à fait habituée à l’accent indien. La tradition veut que de nombreux pèlerins viennent se purifier dans le lac de Pushkar et déposer des pétales de fleurs. Il y a beaucoup de prêtres, de personnes qui méditent. Je continue ma balade, tranquillement en veillant à éviter les motos qui zigzaguent à toute allure dans les rues.

Plus tard dans l’après-midi, je suis partie visiter un des temples situé tout en haut de la colline. Je voulais y aller à pied, mais je ne sais pas, Vivek, le gérant de l’hôtel a cru que j’étais en sucre et il a absolument tenu à m’accompagner. Il m’a fait tout un laïus la veille à m’expliquer qu’il y avait des gens
mal intentionnés etc…Le genre de discours qui part d’un bon sentiment, mais qui en réalité te casse le moral plus qu’autre chose. 

On est partis en mobylette (sans casque, sans chaussures fermées et sans blouson. En tant que motarde, je ne sais pas à quelle moment je me suis dit que ce serait une bonne idée). J’ai voulu monter à l’indienne à l’arrière de la mobylette. J’avais vu que les femmes montaient en amazone. Très honnêtement, je ne me sentais pas très à l’aise. J’ai fini par monter à califourchon et heureusement ! La petite route était chaotique et après quelques virages serrés et un buffle évité de justesse, nous sommes finalement arrivés au pied de la colline. 

C’est ainsi que nous avons entamé l’ascension des marches qui mènent jusqu’en haut de la colline. Le temple nous surplombe bien plus haut et
depuis le sol, le point d’arrivée semble inatteignable…Le soleil est écrasant et j’aurais préféré faire cette petite gymnastique en short et
débardeur, mais que voulez-vous…on ne fait pas toujours ce que l’on veut où l’on veut. Monter cette longue série de marches constitue déjà
une première introspection. Une préparation à la prière. Les fidèles mettent probablement leur foi à l’épreuve. 

Nous arrivons finalement en haut de la colline. La vue est superbe. Après quelques minutes à savourer la vision sur les alentours, nous sommes redescendus de quelques mètres et avons bu un chaï, ce thé coupé au lait et aux épices. Le premier d’une très longue série, sans doute. 

Sur le chemin du retour, nous avons longuement discuté du tourisme en Inde et de l’image qu’avait l’Inde en France. De vastes sujets pour lesquels ni lui, ni moi n’avions de réponses, mais que nous étions heureux de débattre malgré tout. Nous croisons de nombreux singes pendant notre redescente. C’est vraiment étrange. Cela me fait un drôle d’effet de voir ces animaux à l’état sauvage si près des êtres humains. 

La dernière fois que j’ai vu des singes c’était derrière la vitre en plexiglas du jardin des plantes à Paris. Et cette vision était bien triste…

Après deux nuits dans le petit village de Pushkar à déambuler à travers les ruelles et à m’émerveiller de l’ambiance folle qui règne en permanence ici, il est temps pour moi de me diriger plu encore vers le sud, en direction du Parc de Ranthambore dans l’espoir de rencontrer des tigres.

Le Parc National de Ranthambore

Je suis arrivée hier à Sawa-Madhopur, le village le plus proche du Parc National de Ranthambore. C’est dans ce parc que je suis supposée faire un « safari » et observer les tigres dans leur milieu naturel. Je n’aime pas vraiment le concept du safari, mais je suis malgré tout assez excitée par cette idée, même si je suis assez sûre que je n’aurai pas la chance d’en voir un. Je dois avouer que je suis pour le moment assez déçue par la tournure que prend mon voyage en Inde.

Les choses ne se passent pas du tout comme je l’avais prévu. Jagram, mon chauffeur est peu loquace et surtout peu motivé dans sa tâche qui consiste à me faire découvrir ce merveilleux pays qu’est le sien. Je passe énormément de temps sur la route ou enfermée dans ma chambre d’hôtel. Jagram refuse de me laisser sortir seule dans les rues et n’est pas très enclin à venir marcher avec moi, alors que j’adore découvrir une ville ou un pays en marchant. Je suis très frustrée et je regrette d’avoir opté pour un voyage avec chauffeur. Même si ce n’est que pour quelques jours, j’ai le sentiment de passer à côté de mon voyage. Enfin, restons positive et patiente…

Levée à 5h du matin pour un départ à 6h en direction de la jungle indienne pour aller observer les tigres. La veille j’ai fait la connaissance de Philip, un jeune allemand qui est en voyage en Inde, comme moi. Nous nous retrouvons donc tous les deux, les yeux un peu collés, à attendre le véhicule qui doit nous conduire au parc.

Nous entamons la conversation et évoquons nos attentes concernant le « safari » et le fait que je voyage seule en Inde avec tout ce que cela implique dans l’imaginaire des gens (et le mien, soyons honnêtes). Soudain Philip me dit qu’il a pris du spray au poivre et un canif avec lui. Très naïvement, je lui ai répondu que cela ne servirait pas à grand chose face à un tigre. Si on devait se faire attaquer par cette grosse boule de poiles orange, il n’aurait pas le temps de dégainer son couteau à beurre.

En fait, il me répond tout simplement, que ce n’est pas pour le tigre (mais, non voyons petite idiote), c’est pour les indiens…Donc Philip, 20 ans, a choisi de voyager dans un pays en étant armé, parce qu’il pense qu’on lui veut du mal…Je ne comprends pas dans ce cas, pourquoi avoir choisi de venir malgré tout, mais bon, il y a des choses qui m’échappent. Il me demande si j’ai apporté de quoi me défendre pendant mon long voyage.

Et bien non, je n’apporte pas de quoi me défendre quand je voyage, ou dans n’importe quelle autre situation, parce que je pense très honnêtement qu’être armé(e) signifie que l’on s’attend à être attaqué(e) et que cela transpire dans notre attitude et que c’est comme ça que l’on finit agressé(e). Le négatif appelle le négatif…

Enfin, nous voilà finalement à bord de la jeep. Il n’y avait que des indiens et deux « white people « . Dont moi, qui suis un peu moins « white » que Philip assis à côté de moi. Arrivée à l’entrée du parc, on signe une petite décharge avant de partir. Un papier qui explique que le parc n’est pas responsable en cas d’attaque et que je suis consciente que je peux me faire dévorer ( ambiance… ). A l’entrée du parc, il est clairement précisé qu’il ne faut pas faire de bruit, ne pas déranger les autres véhicules etc…Sauf, qu’ici on est en Inde. 

Et en Inde, les règles on s’assoit dessus…

Cela fait à peine 500 mètres que nous sommes partis, que le guide d’un autre véhicule commence à s’exciter, à klaxonner et à faire de grands gestes avec ses bras. Je résume le contenu du message qu’il a voulu faire passer : « On s’ en tape que tu aies vu un cerf, y’en a partout. On est là pour voir un tigre. Alors bouge ta grosse caisse qui saoule tout le monde !! » (Je pense que c’est assez proche de la réalité…) Une heure de route plus tard, on a tous de la poussière plein le nez et les yeux et toujours pas de tigre en vue. Ce n’est pas faute d’avoir attendu près des endroits stratégiques (points d’eau et
groupe de cerfs. Oui, on espérait tous qu’un cerf se ferait dévorer sous nos yeux.

Finalement, un tigre est signalé près d’un point d’eau. Le chauffeur se précipite sur le spot et c’est la rencontre. Un énorme tigre en train de se rafraîchir dans un petit étang. Tout le monde se précipite pour prendre des photos, et tout le monde qui dit « chut » à tout le monde et du coup ça fait énormément de bruits (même aux enfants qui pleurent). En gros, c‘est le bordel et cela n’a rien de réjouissant ou d’agréable en soi. Ces conditions ont quelques peu gâché mon plaisir de voir un tigre dans son environnement naturel. Mais bon, j’ai vu un tigre qui prenait un bain et c’est pas rien.

Nous avons poursuivi notre petit bonhomme de chemin, jusqu’à une zone où nous pouvions descendre du véhicule et nous dégourdir un peu les jambes et prendre quelques photos supplémentaires. Des singes étaient là, nous observant, sans ayant vraiment l’air surpris de nous trouver là.

Notre guide me fait signe qu’un crocodile est caché dans les fourrés en contre-bas. Je parviens difficilement à l’apercevoir, mais y parviens malgré tout. On arrivait à distinguer le bout de son museau qui dépassait du feuillage d’un arbuste. Nous repartons enfin en direction de la sortie du parc. Le petit tour de manège est terminé. Le chauffeur s’est soudainement arrêté sur le chemin du retour. Il a dit quelque chose d’incompréhensible et tout le monde s’est précipité pour prendre des photos. Tout le monde a pris plein de photos, s’est levé, s’est précipité, sauf Philip et moi. C’était un lapin…

Le Taj Mahal

Agra. Me voilà enfin dans la ville  qui accueille en son sein le mythique Taj Mahal. Après de longues heures de routes depuis Ranthambore je touche enfin du bout du doit la raison pour laquelle j’ai choisi de visiter l’Inde du Nord. Pièce maitresse de cette moitié du pays, le Taj Mahal est une de ces merveilles qui suscitent fantasmes et fascination. Je l’imagine immense, imposant une beauté indescriptible et insaisissable. Je passe en revue toutes les images que j’ai pu voir du Mausolée, essayant de me projeter alors que je regarde le plafond nu de ma chambre. J’ai hâte.

J’ai rendez-vous aux aurores pour assister au lever du jour sur le Taj Mahal, mausolée mythique, dont la splendeur et la magnificence traversèrent les âges et donnèrent au mot romantisme une nouvelle dimension. Quelques minutes en voiture auront suffit pour que je me retrouve devant l’immense enceinte du parc. Mon chauffeur me dépose juste devant, ne pouvant pas aller plus loin.

Je me suis levée un peu en retard ce matin, du coup je suis un peu juste sur le timing. J’arrive enfin devant la billeterie, qui heureusement est vide. Pas de file d’attente.

C’est le coeur battant que je me suis approchée de la porte principale donnant accès aux jardins du Taj Mahal. Il est là, dans l’encadrement voûtée de la porte. Apparaissant au loin, au bout de ce jardin que tout le monde connait, bordé de ces allées blanches ceinturant le bassin où se reflète parfaitement le palais. Tout est calculé pour que la symétrie soit parfaitement respectée. Vision irréelle, d’une des sept merveilles du monde. J’ai du mal à réaliser que je suis là, à observer ce monument d’une beauté incroyable.

Le blanc laiteux du marbre se détache sur le fond bleu du ciel. Magnifique et émouvant, comme l’histoire qui y est attachée.

Shah Jahan a fait construire le mausolée pour recevoir le corps de sa troisième épouse, morte en donnant naissance à leur 14ème enfant. Il eut le coeur tellement brisé par cette perte, que tous ses cheveux devinrent blancs en une nuit. Aurangzeb, un des fils, renversera son père du trône et le fera enfermer. Shah Jahan regardera la fin de la construction du Taj Mahal depuis la fenêtre de sa cellule. A son décès, Aurangzeb fit inhumer son père au côté de la troisième épouse. Cette dernière tombe fut rajoutée après l’élaboration des plans, et casse aujourd’hui la symétrie intérieure du mausolée. Une rumeur veut que Shah Jahan voulait faire construire un Taj noir de l’autre côté de la rive, en face du Taj blanc, pour y être inhumé. Le projet ne vit jamais le jour.

J’ai déambulé un long moment dans les jardins à prendre encore et encore des photos de ce site incroyable. Il y a beaucoup de monde et il est difficile d’obtenir une petite photo de soi devant le Taj. Le soleil est de plus en plus haut dans le ciel et la lumière du jour devient plus dure, perdant ses teintes orange et rose. Le site perd peu à peu de sa magie, mais la beauté du mausolée, elle demeure.

Ce fût une matinée spéciale, c’est certain.

Agra et le Taj Mahal sont la dernière étape de cette première partie de mon séjour en Inde du Nord. Ce soir, je dois prendre le train, seule, et poursuivrai ma route jusqu’à Kolkata par ce moyen de transport. J’appréhende beaucoup. Le train en Inde est une expérience unique parait-il, alors j’ai hâte et en même temps me retrouvée seule face à cette foule, dans ce pays immense et inconnu me paralyse un peu.

Mais j’ai ma réputation de baroudeuse à tenir, alors j’y vais !

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