Amérique du Nord,  Canada

Un hiver à Québec : 4 mois en dessous de zéro

Lorsque j’ai décidé de tenter l’aventure d’un Permis-Vacances-Travail au Canada, je m’étais promis de ne pas arriver en hiver à Québec. Raté. Mon départ s’est fait un peu dans la précipitation et j’ai pris un vol pour Montréal le 1er Novembre. Après avoir passé les 15 premiers jours dans la très cosmopolite ville québecoise, j’ai décidé qu’elle était trop grande pour moi et que ses gratte-ciels ne me convennaient pas. Alors j’ai pris le bus pour Québec, la capitale de la province éponyme. Et j’y ai passé tout l’hiver, en dessous de zéro. 

Décembre

La neige est déjà là depuis quelques semaines maintenant. Elle recouvre les plate-bandes le long des trottoirs mais pas encore complètement les toîtures. Les fêtes de fin d’années approchent et tout le vieux-québec s’est paré de ses plus beaux bijoux. Les guirlandes sont élégamment disposées sur les façades des bâtiments, les sapins encadrent les entrées des magasins et le marché de Noël s’installe devant l’hôtel de ville et dans les ruelles adjacentes. L’ambiance est digne d’un conte de Noël. Les touristes se pressent dans les petites rues du quartier. Les boutiques et les enseignes qui les surmontent sont tout ce qu’il y a de plus adorable. La neige ne recouvre pas encore totalement les pavés du quartier. Mais le froid lui est bien là.

Les températures sont négatives depuis un bon moment maintenant, mais je n’arrive pas à m’y habituer. J’ai froid. J’ai beau cumuler les couches sous ma veste Quechua, mettre un sous-pantalon, et pour les journées les plus rigoureuses, un sur-pantalon, j’ai froid. Mais je n’ai pas froid aux jambes, ni au corps. J’ai froid à la tête. Mon bonnet ramené de France est suffisant pour les hivers de l’Europe de l’Ouest, mais pas pour les rigueurs du Québec. C’est un vrai morceau d’émmental avec tous ces petits trous entre les mailles de laine. Non, il n’est pas doublé par de la polaire. C’est bien le problème. Je perds une grosse partie de ma chaleur par les trous de ce stupide bonnet.

Plus le mois de Décembre avance et plus la neige s’accumule sur les trottoirs et les toîts. Les routes elles, restent toujours dégagées. Le passage répété des voitures sur les axes les plus utilisés transforme les délicats flocons blancs en soupe brune. Je déteste ces moments. Quand la neige s’est accumulée et qu’elle se met à fondre, obligeant les piétons à franchir des mares de neiges fondues à coup de grandes enjambées finissant par éclabousser le bas de nos pantalons.

Mais lorsque j’arrive à franchir l’immense carrefour de la Place d’Youville, après ce qui me semble une vie à attendre le feu vert pour piétons, et que je remonte en direction de l’Hôtel de Ville, je retrouve une neige presque fraîche et crêpitante sous mes pas. Ce petit bruit de la neige qui crisse est exquis. C’est le bruit de l’hiver et des vacances à la montagne. C’est le bruit de Noël. Après avoir évité les hordes de touristes qui s’agglutinent près du Marché de Noël, j’arrive enfin au niveau du quartier du Petit Champlain. Un moment de joie intérieure à chaque fois que j’aperçois la petite ruelle en contrebas, décorée d’énormes boules dorées et de branches de sapin.

Le mois de décembre est aussi celui du ciel bleu. Un bleu pur et profond. Celui du sud de la Provence les jours de mistral avec un petit quelque chose en plus qui le rend cristallin. Un vrai bonheur. Les écureuils sont encore dehors. Ils continuent à grignotter les pommes des pins avec voracité, laissant des monticules de pelures en-dessous d’eux. Les oiseaux se font de plus en plus rare dans les parcs urbains, remplacés par les skieurs de fond qui s’en donne à coeur joie.

Janvier

Les fêtes sont passées. La ville est désertée. Tous les touristes sont repartis. Il ne reste plus que le personnel des magasins qui, comme moi, attend impatiemment le tintement de la clochette de la porte d’entrée. Un peu d’occupation, une rentrée d’argent, même mince, pour justifier sa présence.

Le froid est de plus en plus mordant dehors. Désormais, mon corps s’est habitué aux températures hivernales. les -20 ne me font plus peur. Je sais précisemment quels vêtements je dois mettre pour ne pas avoir froid. Et surtout, je ne reste pas trop longtemps dehors. Malgré mes gros gants, j’arrive rarement à réchauffer mes doigts si je dois les retirer quelques secondes. Mais comment resister à l’envie de prendre une photo des ruelles fraîchement enneigées. C’est féérique.

Les trottoirs sont de plus en plus étroits. La neige s’accumule un peu partout et les déneigeuses balancent le tout sur les côtés. Laissons la place aux voitures. Les piétons se débrouilleront. Et tant pis pour celles et ceux qui se déplacent avec difficultés. Comme ce jour où j’ai raccompagné une personne en fauteuil-roulant jusqu’à l’entrée de sa résidence. Les roues de son fauteuil étaient coincées dans la neige et les irrégularités de la glace sur le trottoir créaient des ornières. Je sais bien qu’on ne peut pas déneiger partout, mais n’empêche…

J’ai découvert la sensation étrange d’avoir les poils de mon nez qui gèlent. C’est assez drôle en fait. La partie la moins drôle est celles où ils dégèlent et que je n’ai pas de mouchoir avec moi…Alors je remonte mon tour de cou le plus haut possible pour éviter justement que mon nez ne gèle. Mais les jours les plus froids, c’est la condensation de ma respiration qui gèle et qui cartonne ma protection en polaire. Je déteste le moment où je dois le retirer. Les grelots de glace se faufilent dans le col de mon pull.

Mes paumettes me brûlent parfois, lorsque le vent souffle et que les températures sont vraiment bassent. Je me suis acheté un gros fourreau doublé pour le glisser autour de mon cou et protéger en même temps une partie de ma tête. Une vraie bénédiction. Mais il ne me protège pas les paumettes. On ne peut pas tout avoir.

La première grosse tempête de neige est annoncée fin Janvier. Elle se lève un samedi soir. Ce soir là, le courant s’est coupé à l’appartement. J’ai cru que c’était mon sèche-cheveux qui avait fait sauter les plombs de l’appartement. Non, c’est Hydro-Québec, l’équivalent d’EDF, qui a eu quelques difficultés. Pas de chance. Heureusement, nous étions tous de sortie à l’appartement et le courant est revenu en fin de soirée. Personne n’a dû dormir tout habillé.

Le lendemain, la tempête est toujours de la partie et je dois aller travailler. Les pointes de mes cheveux et mes cils ont gelé le temps d’aller jusqu’au magasin. Le vent m’a semblé terrible et j’avais du mal à voir ce qui se passait devant moi. Un masque de ski. C’est à ça que j’ai pensé en allant travailler. Qu’il me fallait un masque de ski. C’est ce jour là que j’ai réussi à prendre en photo les Jaseurs Boréeaux que je traquais dans mon quartier depuis plusieurs jours. Les joies d’un hiver à Québec.

Février
Un hiver à Québec c’est aussi assister au Carnaval de la ville. Pendant 10 jours, des animations sont proposées et un thème est décidé dans le quartier du Petit Champlain. Cette année, ce sera « Souvenir de notre enfance ». Fifi Brindacier se promène dans les petites rues du quartier et des sculptures glaces sont disposées un peu partout : Yogi l’ours, les Ewoks, Babar, Snoopy, Lucky Luke et j’en passe. Tous plus réalistes les uns que les autres.
 
Je commence à trouver le temps long. J’avais choisi de poser mes valises ici dans l’espoir de pouvoir profiter des parcs naturels, plus proches qu’à Montréal. Raté. Aucun n’est accessible en transport en commun. Il faut une voiture (encore et toujours). Alors je me console en me promenant sur les plaines d’Abraham. Le Saint-Laurent en contre-bas disparait de plus en plus sous les plaques de glaces qui voguent vers l’océan. C’est un spectacle proprement sutpéfiant. D’énormes plaques qui avancent à un rythme soutenu engloutissant les eaux libres sous elles et augmentant cette impression de puissance et de vitesse. 
 
Une nouvelle tempête de neige est annoncée. Je suis de repos ce jour là. La quantité de neige qui est tombée est impressionnante. J’ai de la neige jusqu’au genoux par endroit. Les déneigeuses vont passer toute la nuit pour déblayer tout ça. Une nuit dans l’enfer des bip-bip et du bruit infernal du moteur. Les bus continuent à circuler. Déjà lors de la première tempête, les bus étaient présents sur les routes. Et le lendemain, ils sont deux fois plus nombreux pour compenser les automobilistes qui auraient leur voiture coincée par la neige. Pas bête la guêpe.
 
Après trois mois d’expatriation, j’ai enfin l’opportunité de découvrir la faune nautrelle et sauvage du Québec. Je pars en randonnée-raquette dans le Parc National de la Jacques-Cartier (oui, on dit LA Jacques-Cartier). Enfin l’occasion de sortir de la ville et d’admirer ce que la nature québécoise a à offrir. J’ai passé une bonne partie de l’hiver à faire du gras, alors je n’attaque pas sur une boucle trop longue ni trop dure.
 
Après 4 heures de marche et pas un oiseau ni un mammifère vus. On ne peut pas gagner à tous les coups. Une grosse déception, mais cela m’a fait un bien fou de pouvoir être dans la montagne.

 

Mars
Les températures restent très basses au début du mois de Mars. C’est le mois du Printemps et pourtant il me semble terriblement loin. Toutefois, les journées de redoux sont plus fréquentes. C’est le retour des flaques de neige boueuses aux grandes intersections. La pluie verglaçante fait aussi son apparition. Elle innonde les rues et gèle tout ce qu’elle touche. Les trottoirs sont de vraies patinoires et les chaussées sont transformées en piscines à vagues.
 
Les égouts semblent gelés et n’arrivent plus à évacuer les eaux de pluie. Les petites rues sont les plus touchées. Tous les arbres sont pris par la glace. Le lendemain, une fois que le ciel est redevenu bleu, les branches des arbres offrent un magnifique spéctacle. Tels des grelots de glace, les branches tintent mollement au gré du vent qui les secoue. Comme une pluie de perles tombant doucement sur du verre.
 
Les températures se font de plus en plus clémentes. Le neige recule de plus en plus et la glace se brise sous le poids des pas. Les trottoirs réapparaissent. Le paysage change progressivement. Du blanc devenu infernal et monotone, le gris bétonné refait surface est devient soudainement la plus belle couleur du monde. L’oeil est à l’affût du moindre changement chromique. Avide, je cherche du vert, du violet, du jaune. Non, c’est trop tôt. Un hiver à Québec ne prend pas fin aussi vite. Il est encore de la partie, et la nature est encore en sommeil.
 
Les plaques de neige se détachent des toîts les unes après les autres. Elles tombent parfois avec fracas. Mieux vaut ne pas être en-dessous. Les déneigeurs sont parfois sur les toîts des bâtiments à faire tomber ce qui présente trop de risque. Par endroit, la neige s’est accumulé tout l’hiver sur les balcons abandonnés par les citadins partis chercher de la chaleur dans le sud de la province. Des montagnes de neige se sont formées en périphérie de la ville. Là où la neige a été déblayée, il faut la stocker ailleurs.
 
Progressivement, l’horizon passe du blanc au vert du cuivre typique de l’architecture québecoise. Le mobilier urbain refait surface. Un banc fait soudainement son apparition. Etouffé pendant des mois sous les multiples couches de neiges, sa présence était insoupçonnable. Les trottoirs deviennent incroyablement larges. Plus besoin de se contortionner pour laisser passer les autres piétons sur le mètre et demi de libre.

Il temps pour moi de m’envoler vers l’ouest canadien et de découvrir une autre facette de la vie sur le nouveau continent. Enfin, je l’espère.

 

4 Comments

  • Docteur Muller

    Salut V !
    Ton récit est très sympa à lire (comme les précédents d’ailleurs)
    J’espère que tout se passe bien pour toi à l’ouest . Tu es bien courageuse en tout cas ; moi qui t’ai connue dans l’enfer d’un open space glacial de la défense, le choc doit être rude quand même ! Profite bien de ton voyage et continue à le partager par ta prose et tes photos ! À bientôt peut-être.
    A.

    PS : sur tes conseils, j’ai lu « Dans les forêts de Siberie » (top ! ) et vu le film (très librement adapté ; bien mais moins top)
    J’ai aussi acquis le DVD du docu de Ruffin, mais toujours pas vu (faut quand même que je voie ça, même s’il ne fait pas partie de mes personnalités préférées ;-))

    • Vany

      Hey ! Ca me fait plaisir d’avoir de tes nouvelles et je suis ravie de lire que tu as aimé « Dans les forêts de Sibérie ». J’ai quitté Québec il y a presque deux mois pour aller dans l’Ouest canadien et voir ce qu’il s’y passe. Et figure toi que j’ai attéri en Colombie Britannique sur une ferme sans eau courante ni éléctricité. J’y suis depuis 1 mois et c’est fou comme le monde moderne ne me manque pas. Donc en effet, il est loin le temps où je battais le pavé de la dalle de la défense, et c’est pas plus mal 🙂
      J’ai hâte de savoir ce que tu auras pensé du docu de Ruffin 🙂

  • Lorenzo Valérie

    Coucou ma Vanessa, et est-ce que tu rencontres un peu des êtres humains entre 2 écureuils !! tu en dis pas trop sur ces hommes et femmes des neiges. Profites en tout cas, je t’embrasse
    Bidou

    • Vany

      Coucou ma Bidou ! Ben malheureusement, j’ai pas rencontré beaucoup d’hommes et de femmes des neiges, pendant mon séjour à Québec :/ J’étais seule au magasin donc pas évident de faire des rencontres, mais malgré tout, les rares québecois et québecoises avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter sont aussi gentil.les qu’on le dit 🙂

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