Asie,  Chine

Trek à cheval dans le Sichuan : deux jours sur les hauts-plateaux tibétains

Après trois jours passés à Lhassa, j’avais envie de me mettre au vert. A peine arrivée dans le village de Langmusi, je me prépare à découvrir les hauts plateaux et la vie des nomades tibétains à travers un trek à cheval dans le Sichuan. Deux jours à découvrir la beauté de la région et la rudesse de la vie des éleveurs de yacks. 


LANGMUSI

Me voilà de retour dans la ville de Xinning. 

L’arrivée est chaotique et compliquée dans cette grande ville. Je me perds glorieusement dans les rues de la ville en voulant rejoindre mon auberge de jeunesse en bus. Après une heure à tourner en rond, je finis par tomber sur un jeune chinois qui parle un peu anglais et qui m’aide volontiers. Il parvient à trouver un taxi en un temps record. Toutes mes précédentes tentatives ont été des échecs. Aucun ne voulait me déposer à mon auberge. Trop loin, trop de bouchons, trop compliqué ou que sais-je… Le trajet est effectivement assez long jusqu’à mon auberge. Nous discutons de mon voyage avec mon sauveur pendant ce temps. Je ne sais même pas où j’étais lorsque je suis montée dans le taxi. 

Arrivés à destination, mon bon samaritain, paye le taxi et propose même de payer l’auberge. Après une rude négociation et mille remerciements, il accepte de me laisser payer mon hébergement…Je traîne mes guêtres quelques jours dans la ville et débarque finalement dans le petite ville de Langmusi tard le soir. 

Le temps est à la pluie et il fait un froid de gueux. J’entre dans la première auberge que je croise et qui pratique des prix corrects. Le dortoir est d’une froideur sans nom, et d’un confort spartiate. Je n’ai pas le choix. Je devrais passer la nuit ici. En attendant de me glisser toute habillée sous la couette glacée, je passe la soirée collée au poêle à bois de la pièce de vie, à bouquiner.

Le lendemain, le ciel est encore gris, mais au moins il ne pleut plus. Je ne me vois pas rester plusieurs nuits dans l’auberge. J’en cherche une autre, lorsqu’au détour d’un bloc de bâtiments, je tombe sur une petite terrasse avec une large porte vitrée. Une auberge de jeunesse chauffée, propre et cosy ! J’ai déménagé mes affaires sans scrupules.  

Langmusi est un village à l’histoire particulière. Coupée en deux par un cours d’eau, ce dernier matérialise la frontière entre le Sichuan et le Gansu. Mais ce n’est pas la seule particularité du lieu. Deux sectes bouddhistes se mènent la vie dure (on parle ici de secte pour exprimer deux courants de pensées, mais cela n’a rien à voir avec Raël ou le temple solaire) chacune posée sur son flanc de colline. Je n’ai pas bien saisie les raisons de ces tensions entre les bonnets jaunes et les bonnets rouges, mais cela semble être assez profond et très tendu. 

Le village est calme et cerclé de montagnes. Je me promène dans les petites rues non pavées. Le soleil commence finalement par poindre le bout de son nez et réchauffer l’atmosphère. De nombreux moines circulent dans le village et sur les hauteurs. Le calme qui règne ici est propice à la méditation et au recueillement. Tellement loin de la frénésie des grandes villes chinoises.  

Avec ses montagnes, le village se prête parfaitement à la randonnée. Après quelques rapides recherches, je découvre que des trek à cheval sont organisés par la gérante d’un des restaurants du village. Je prends donc contact avec Langmusi Tibetan Horse installé dans le village. La gérante parle un anglais impeccable et m’explique toutes les règles et conditions pour la réalisation de ces deux jours sur les hauts plateau du Sichuan. 

Ce trek à cheval dans le Sichuan, impliquant des animaux vivants, je me suis assurée auprès de la gérante que les chevaux étaient bien traités et ai demandé à les voir avant de donner mon accord. Pas de souci pour elle. J’ai pu voir les chevaux qui allaient faire le trajet avec nous. 
Ancienne cavalière, je suis familière de ce genre de choses et suis capable repérer un cheval en mauvaise santé ou maltraité. (Mais je ne suis pas à l’abri d’une erreur de jugement) Je vous donne donc 2/3 trucs faciles à retenir : 

  1. Sabots, ils doivent être entretenus, limés, non fendillés ou s’évasant (c’est ce qui arrivent quand ils sont trop longs et deviennent gênants) 
  2. Maigreur : des hanches ou des côtes excessivement saillantes sont un signe évident de malnutrition ou de maladie.  
  3. Articulations : un cheval qui a les jambes enflées de doit pas être montée ! C’est le signe d’un inflammation des tendons. Vous partiriez vous, faire une randonnée de deux jours avec une énorme sac à dos et une tendinite ou une entorse à la cheville ? Non. Les tendons doivent être légèrement apparents. Idem, si vous constatez que votre monture boîte. 
  4. Blessures et écorchures : Vérifier que votre cheval ne présente pas de blessure au niveau de la commissure des lèvres, du passage de sangle (là où passe l’attache de la selle sous le cheval), ni sur le garrot (la bosse à la base de l’encolure) ou même sur le dos. C’est douloureux pour le cheval de devoir supporter une selle et un cavalier sur une peau écorchée. 

Les chevaux ne sont pas des chiens. Ils ne manifestent pas leurs douleurs par des cris. Donc ce n’est pas parce qu’il ne « dit » rien, qu’il ne ressent rien. Il ne s’agit pas ici de vous offusquer parce que la crinière de votre cheval n’a pas été brossée ou parce qu’il n’est pas pimpant et brillant comme un sou neuf. Les chevaux tibétains en l’occurrence, sont des animaux rustiques, qui supportent tout à fait la vie nomade et ses contraintes. Faisons la part des choses. Mais, si vous avez un doute, je vous invite à vous abstenir. 

Je pars dès le lendemain à l’assaut des hauts-plateaux tibétains à la rencontre des nomades.


CHEZ LES NOMADES TIBÉTAINS

Je retrouve mon guide et Frédérique, une française en voyage en chine qui parle mandarin, ce qui facilite grandement la vie, je vous assure. Nous voilà donc partie pour la grande aventure. Remonter en selle ça ne s’oublie pas, mais je sens bien que mon corps n’est plus aussi flexible qu’avant et mes genoux supportent difficilement la position sur la selle. Cela donne un peu plus de piment à cette expédition

Après une petite journée à traverser des paysages alpins, peuplés de vautours, d’aigles et un nombre incalculable de marmottes bien grassouillettes, on est finalement arrivés dans la prairie servant de pâturage aux différents troupeaux de yaks et de moutons des quelques familles suivant encore ce mode de vie. Après une courte ascension, nous arrivons au sommet de la colline offrant une vue superbe sur le plateau. Le paysage est sublime et saisissant. L’immense steppe herbeuse et humide semble sans fin, des centaines de yack et de moutons, des chevaux, des poulains se partagent ce « petit carré » de verdure. Les amoureux de liberté auront leur compte ici. Je me sens submergée par la puissance écrasante du décor. Les mots me manquent.   

 

La vie des nomades est rythmée par les tâches quotidiennes. Ici, c’est la femme qui accomplit l’intégralité des tâches, même les plus dures physiquement, en plus de devoir élever les enfants. Chaque matin à 6 heures c’est le moment de traire les yacks. Tout est fait à la main. Il faut amener le veau près de la mère pour déclencher la montée de lait, puis l’écarter, l’attachée à proximité et traire. Le temps est compté et les femelles sont nombreuses. L’opération est effectuée deux fois par jour. Puis , elle relâche les femelles avec les autres membres du troupeau, récupère les différentes bouses de yack séchées qui serviront de combustible, s’occupe de moucher son petit et de sourire aux deux gourdes qui squattent chez elles (hey, coucou !)

Les nomades exploitent énormément les ressources fournies par les yacks :

  • la laine, pour construire les tentes (bien que cette pratique se perde au bénéfice de tentes en toile, plus légères à transporter)
  • le beurre de yack (c’est pas bon)
  • le yaourt au lait de yack (ça c’est bon)

On a bien essayé d’aider, mais la dame nous a vite fait comprendre qu’on était mignonnes, mais qu’on allait faire n’importe quoi et qu’elle avait autre chose à faire que de repasser après nous. Du coup, on a juste pu ramasser les bouses…Cela va vous sembler stupide, mais j’étais vraiment contente d’avoir pu l’aider un peu. Non parce que vous ne vous rendez pas compte, mais le sac, une fois rempli, pèse une bonne cinquantaine de kilos et elle le porte à l’aide d’une toute petite cordelette passée autour de ses épaules. 

Les yacks et les chevaux vivent en liberté autour des tentes des différentes familles. Pour se protéger des loups et des voleurs de bétail, les nomades utilisent des chiens. Dressés pour attaquer tout étranger qui s’approche du troupeau, ils sont extrêmement agressifs et impressionnant. Ils sont attachés à une chaîne toute la journée et il est clairement recommandé de ne pas passer à proximité.  

Je m’éloigne un peu de la tente pour aller prendre quelques photos. Le soleil se couche et la lumière transforme littéralement le paysage. Toutes les couleurs deviennent plus intenses, plus profondes. Les troupeaux remontent vers les parcs qui les abritent pour la nuit. Les silhouettes noires se détachent sur l’horizon des crêtes. Elles avançant tranquillement, telles les personnages d’un théâtre d’ombres.

A la nuit tombée, les températures chutent soudainement, accompagnant la lumière. La prairie est engloutie dans le nuit. Il n’en reste rien. L’obscurité est totale. On nous remet à chacune plusieurs couvertures très épaisses et très lourdes pour passer la nuit. Nous la passerons totalement habillée sous le poids écrasant de ces remparts contre le froid. Je peux à peine me tourner sur le côté. Chaque fois, cela me demande un effort conséquent de soulever cette montagne de tissus.

Étonnamment, la nuit a été  bonne, bien que courte. Comme chaque matin, la journée démarre à 4h30 pour notre hôtesse qui doit traire les yaks. J’arrive à sortir de mon semi-coma pour observer ce qu’elle fait et regarder le monde se réveiller lentement sur la steppe recouverte de givre. L’atmosphère est bleue et froide. Tout est recouvert d’une pellicule blanche. A mesure que le soleil parvient à se hisse par dessus les immenses montagnes, les nappes de brouillards en suspension dans l’air s’évaporent et le givre disparaît, en suivant la course de la lumière. 

Une partie du troupeau est là, couché sur le sol près de la tente, attendant d’être libéré. 

Nous repartons dès que le soleil est bien installé. Sur la route, des bergères mènent leur troupeau de moutons vers d’autres zones de pâturage. Nous quittons définitivement les steppes herbeuses pour entrer sur les zones vallonnées des montagnes. J’aperçois les marmottes courir sur la montagne. Elles sont nombreuses à se faufiler au moindre mouvement suspect vers leur abri. 

Langmusi apparaît au loin en milieu d’après-midi. Un retour à la vie « normale » un peu étrange. Pendant ces deux courtes journées, j’ai eu cette envie soudaine de m’installer durablement ici. De rester avec les nomades sur une période plus longue et d’apprendre davantage d’eux et de leur mode de vie. Un fantasme qui n’exprime que mon désire d’un retour à une vie plus riche et plus profonde. Une envie de retour à l’essentiel, qui s’est initialement manifesté par ce long voyage autour de l’Asie, que je suis en train d’accomplir. 

La réalité de la vie chez les nomades est loin d’être une partie de plaisir. C’est une vie rude et épuisante. Particulièrement pour les femmes. Mes fantasmes occidentaux sur la vie des nomades tibétains n’ont pas leur place ici. 

Bien que…

 

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