Asie,  Inde

Traversée de l’Inde du Nord : De Khajuraho à Kolkata

C’est ainsi qu’après 10 jours à voyager dans une voiture avec chauffeur, j’attaque la traversée de l’Inde du Nord seule. J’ai le sentiment que mon voyage indien commence enfin. Terminées les promenades et le planning imposés. Je n’ai plus que moi sur qui compter et je vais enfin savoir si je suis à la hauteur de ce voyage de 8 mois autour de l’Asie . Je dois prendre le train pour rejoindre le village de Khajuraho. C’est la première fois que je me retrouve vraiment seule en Inde après 10 jours passés ici, et je suis stressée au possible.

Khajuraho

Je suis à la gare d’Agra. J’ai très peur de rater mon train ou de me tromper de train tout simplement. Dans la gare, les quais sont pleins à craquer de monde. Il y en a absolument partout. Des familles entières qui attendent allongées par terre, avec juste un drap posé au sol. Je me sens perdue dans ce capharnüm de corps que j’enjambe tant bien que mal. Mes sens sont solllicités au maximum. Tout est incroyablement différent. Mes yeux ne cessent de sauter d’un point à un autre. Je retiens chaque image, chaque sensation. Une telle scène serait impensable en France.

Je me dirige vers le bureau de la gare sur le quai et on me confirme le quai et l’heure d’arrivée de mon train. L’Inde est un pays tellement choatique que je ne me fie qu’à moitié à ce que l’on vient de me dire. Mais je n’ai d’autre choix que d’attendre sur le quai. Je ne sais pas où me mettre, alors je me trouve un petit coin isolé des regards insistants, sans vraiment savoir quoi faire de moi-même. Une jeune fille indienne vient soudain à ma rencontre. Elle est intriguée de me voir ici, seule, et veut en savoir un peu plus à mon sujet. Elle voyage avec sa famille et est originaire du sud de l’Inde. Nous discutons brièvement et nos chemins se séparent ainsi, sur le quai de la gare.

Mon train est annoncé avec beaucoup de retard et je pars à la recherche d’une place où m’asseoir, lasse de faire la grue sur le quai.

Je trouve un petit banc à côté d’un marchand ambulant et d’un monsieur, qui attend comme moi son train. Le temps s’est clairement arrêté. J’ai l’impression que cela fait une éternité que j’attends. Soudain alors que je suis assise au bord du désespoir et sans être en mesure de dire depuis combien d’heures j’attends, je trouve une famille qui prend le même train que moi. Ils me feront signe quand le train sera là.

Chose promise, chose due, je monte enfin dans le même train qu’eux et m’apprête sans le savoir à passer la nuit la plus pénibles de ma vie. Entre mon sac à dos glissé sous mes jambes qui m’empêche de me tourner, la dureté du matelas et le voisin de couchette qui crache dans un bruit épouvantable toutes les deux minutes, je suis au bout du rouleau.

Mais j’arrive enfin à destination.

Le village abrite un complexe de temples très anciens et dont les ornementations sont d’une précision à couper le souffle. C’est probablement un des sites les plus visités de toute l’Inde. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, le site compte 22 temples. La renommée du site tient aussi aux représentations de couples d’amoureux et aux êtres célestes ayant l’apparence de jolies femmes aux formes généreuses et aux attitudes pleines de charme, qui couvrent certaines parties des temples.

Berceau du Kama-Sutra, la plupart des sculptures sont très explicites, mais en réalité, il s’agit d’un travail d’une incroyable minutie. Les représentations sont d’une telle précision et d’une telle régularité que pendant un moment, on a l’impression d’observer des temples de bois tellement il semble improbable qu’une oeuvre pareille ait pu être faite sur pierre. Le calme et le respect sont de rigueur dans l’enceinte, ce qui ne fait qu’ajouter encore un peu plus de charme au lieu.

Il y a une très grande quantité de temples et on y passe très facilement de longues heures à observer les détails des ornementations. On retire ses chaussures à l’entrée de chacune des marches et on se dépêche de monter pour éviter de se brûler la plante des pieds sur la pierre chaude.

On peut passer de longues heures à déambuler dans le complexe historique. Tout est calme et inspirant. Un havre de paix.

Je suis restée deux jours dans le petit village à me promener et à sympathiser avec les tailleurs de la place située en face de l’entrée des temples. Khajuraho est un très bel endroit qui mérite très largement d’être vu, tant pour sa tranquillité que pour la population qui y vit.

Varanasi

Je continue ma traversée de l’Inde du Nord et prends la direction de la ville la plus spirituelle de cette partie de l’Inde : Varanasi. Située sur le très révéré Gange, Varanasi présente un très grand nombre de « ghats » (marches descendant vers le fleuve) où les pèlerins et autres habitants viennent se purifier, se laver, vivre et mourir.

Car nombreux sont ceux qui viennent mourir à Varanasi dans le but d’atteindre le « moksha ». C’est-à-dire, mettre un terme au cycle des réincarnations. Lorsque l’on agit pour le bien et que l’on accomplit des bonnes actions, le Karma est bon. On espère ainsi se réincarner dans une caste supérieure. Dans le cas contraire, on se réincarne dans une caste inférieure ou pire…en animal.

Une fois que le dernier souffle est rendu, les corps du défunt est enveloppé dans un linceul brodé et déposé sur un brancard de bambou. Le corps sera transporté à travers les ruelles de la ville jusqu’au ghat Manikarnika pour y être brûlé sur un bûcher (ou un autre dédié à la crémation des corps.) Le corps est ensuite immergé dans le Gange, puis aspergé d’un produit inflammable avant d’être déposé sur le bûcher. Plus il est haut et plus il aura coûté cher

Le Manikarnika ghat est le plus « célèbre » des ghats de crémation. Des bûchers y brûlent en permanence. La cérémonie est très intense. C’est vraiment étrange de voir une cérémonie de crémation rendue publique. C’est gênant et en même temps fascinant.

D’ailleurs toute la ville est fascinante ! Peut-être est-ce dû aux parties de cricket qui se jouent le soir sur les ghats ou à la présence du fleuve qui apporte une fraîcheur illusoire sous un soleil de plomb.

Quoiqu’il en soit Varanasi a un petit truc en plus.

Je me suis offert le luxe d’une petite balade en bateau au coucher du soleil pour assister à la cérémonie religieuse qui est l’incontournable d’une visite à Varanasi.

Je retrouve mon guide au bord du fleuve peu avant que le soleil ne disparaisse derrière la ligne d’horizon. Sa mission est de me mener devant le Ghat où se joue la cérémonie. Bien que je sois la seule passagère dans la barque, ,on capitain fournit un effort considérable. Pas de moteur. Tout le chemin se fait à la rame. La chaleur du soleil couchant s’ajoute à la pénibilité de la tâche. Je discute un peu avec lui. Ce silence me met mal à l’aise. Mais je vois que mes questions le gênent dans son effort. Nous finirons le trajet dans le silence.

Placée au dizième rang des lignes de bateaux qui se sont agglutinés autour du ghat, je suis trop loin pour apprécier pleinement le spectacle qui se joue sur la berge.

Assister à la cérémonie depuis les berges et non depuis le bateau, me semble être une meilleure idée, à condition de venir au moins 1 à 2 heures avant le début de la érémonie pour avoir un point de vue de choix.

Varanasi m’a laissé une très bonne impression. Une ambiance particulière s’en dégage, qui en font une étape incontournable d’une traversée de l’Inde du Nord.

Bodhgaya

Située à 4 heures de train de Varanasi, Bodhgaya est une toute petite bourgade et un des points de convergence des bouddhistes à travers le monde. C’est ici, sous l’arbre de la Bodhi, que Siddhartha Gautama, fondateur et maître du bouddhisme atteignit l’éveil et devint Bouddha.

Arbre le plus sacré que la Terre ait porté, il recevait toutes les attentions. Cependant, l’épouse de l’Empereur indien en place à cette époque (environ 200 avant JC) jalouse de l’attention que le souverain lui portait, décida de tuer l’arbre. Une des filles de l’empereur ayant eu vent des projets de l’épouse, recueillit une bouture qui prospéra au Sri Lanka, avant qu’une nouvelle bouture ne soit réintroduite à Bodhgaya à son emplacement originel.

Inutile de vous dire que de très nombreux pèlerins bouddhistes viennent du monde entier (même le Dalai-Lama vient passer quelques jours tous les ans !) Les congrégations de moines viennent régulièrement se recueillir et psalmodier des mantras pendant de longs moment, face à l’arbre de la Bodhi. Un moment particulier et intense où les vibrations qui émanent des chants monastiques résonnent en vous et vous transportent dans un monde de spiritualité.

Bodhgaya offre une très grande diversité de temples, édifiés sous des modèles différents (japonais, bhoutanais, chinois etc…), ainsi qu’un impressionnant Bouddha haut de 25 mètres. La statue renfermerait 2000 petits bouddha. Le petit village est vraiment très agréable et tous les temples rivalisent de beauté. C’est vraiment très intéressant de constater les différences architecturales entre les différentes régions bouddhistes du monde.

Je vous recommande vivement de faire un petit saut par cette petite ville, mais essayez plutôt de loger dans bodhgaya même et non dans l’autre ville à côté, Gaya. J’y ai vécu une expérience franchement désagréable, à loger dans un hôtel miteux et crasseux au possible, sans parler du bruit permanent des voitures.

Je pense que j’arrive également aux limites que mes nerfs peuvent endurer. Comme on me l’avait dit, l’Inde est un choc psychologique. Je n’ai pas voulu y croire au début, mais la réalité est là. Je sens que mes nerfs craquent. Le bruit permanent, les incivilités que l’on subit toute la journée, les bousculades, les incompréhensions, les arnaques (petites ou grandes), les regards pesants.

Autant vous dire que lorsque j’ai quitté l’hôtel et qu’un des employés m’a demandé comment j’avais trouvé mon séjour, je n’ai pas mâché mes mots sur l’état de propreté de la chambre et de son prix qui n’est en aucun cas justifié. Le pauvre avait l’air assez désemparé par ma réaction, mais l’émotion a pris le dessus.

Ma prochaine étape est Kolkata. J’avoue que je redoute beaucoup cette dernière étape. L’image que j’ai de la ville est assez négative, mais je tiens à aller jusqu’au bout de mon projet.

Kolkata

Lorsque j’ai planifié mon tour en Inde, j’ai longuement hésité avant de décider d’aller à Kolkata. En occident, la ville évoque Mère Thérésa, la misère humaine à son niveau le plus haut, la saleté, la violence psychologique et physique.

Je me suis dit que cela valait le coup de vérifier par moi-même ce qu’il en était. Si les « on dit » étaient justifiés. Pendant les semaines qui ont précédé mon arrivée, je parlais parfois avec certains locaux, de Kolkata. Je voulais prendre la température. Savoir ce que la ville représentait pour eux. Systématiquement, on m’a répondu que c’était une belle ville et qu’elle valait le détour.

Je restais un peu sceptique et ce, malgré tout le bien qui en est dit dans le Lonely Planet, décrivant la ville comme la capitale culturelle de l’Inde du nord.

Les gares indiennes sont un moyen pour moi de me faire une première impression. La gare d’Howrah est très grande, mais relativement propre. C’est déjà un très bon point. Il règne une certaine organisation, ce qui est assez nouveau si je compare aux villes que j’ai précédemment visitées. C’est le trajet en taxi jusqu’à mon hôtel m’a permis de vraiment me rendre compte de la situation.

Kolkata c’est comme prendre une douche fraîche quand il fait 40ºc, s’abreuver d’une bière tout juste sortie du frigidaire après une longue randonnée. C’est bon… 🙂

La ville est propre, les avenues bordées d’arbres fleuris, la circulation est dense, mais sans être anarchique, les véhicules ne klaxonnent pas à tout va et surtout…Kolkata est équipée de trottoirs !! Plus de bousculades dans la rue, plus de cyclo-pousse qui te rentrent dedans, et plus d’oeillade pour s’assurer qu’une moto ne va pas nous rentrer dedans. Et je peux vous assurer que cela fait toute la différence.

Après une petite balade en ville, je me sens bien et en sécurité. Les comportements sont différents. Les regards ne sont plus aussi appuyés, comme c’était le cas partout ailleurs. Je me sens dans un élément que je maîtrise et qui m’est familier. Les activités culturelles sont nombreuses et l’architecture des batiments historique est sublime.

Le quartier dans lequel je réside (Chowringhee) bénéficie d’une ambiance vraiment agréable et est assez central par rapport aux activités possibles. J’ai l’impression d’être entrée dans une bulle hors du temps et hors de l’Inde, si chaotique et brutale. Ce sentiment est bien-sûr en réaction à mes précédentes étapes. J’ai rencontré un français qui était à Calcutta depuis 2 mois et demi, c’est la seule ville qu’il a connue pour l’instant et il trouve qu’elle est un peu oppressante bien qu’il s’y sente en sécurité. Je ne sais pas comment il va vivre Delhi (mal sans doute…)

Tout ça pour dire que la mauvaise réputation de Calcutta n’est pas justifiée et que si une ville en Inde du nord mérite qu’on s’ y attarde, c’est sûrement celle-là.

Me voilà arrivée à la dernière étape de mon périple indien. Il aura été intense et j’aurai vécu de nombreux ascenseurs émotionnels que je ne suis pas ecore prête à partager avec vous, mais indéniablement, l’Inde aura laissé son empreinte sur moi et aura changé bien des choses dans ma perception du monde.

 

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