Réflexions

Lettre à une iranienne : Réflexion sur la question du voile en Iran

J’ai longtemps réfléchi à la manière dont je pouvais aborder la question de la position de la femme en Iran et plus précisément la question du port du voile. A chaque fois que je me lançais dans une ébauche d’article, cela devenait très émotionnel et très vindicatif, ce qui n’était pas le but recherché.

Et un soir j’ai décidé d’écrire à « My Stealthy Freedom« .

My Stealhty Freedom (ma liberté furtive) est un site tenu par une iranienne en résistance, loin de son pays et qui publie les témoignages d’iraniennes et d’iraniens via des photos reçues sur Instagram, afin de sensibiliser l’opinion publique à la situation des femmes là-bas (port du voile obligatoire, interdiction de faire du vélo, interdiction d’assister à des rencontres sportives masculines etc…).

Certaines se filment marchant dans la rue sans le voile, d’autres publient une photo et d’autres témoignent de leur arrestation. Les histoires de ces femmes bien que brèves, sont le plus souvent révoltantes, mais également pleines d’espoir pour le peuple iranien qui élève de plus en plus la voix face aux injustices dont il est victime.

Avant que vous ne poursuiviez votre lecture, je tiens à préciser que tout ce qui est évoqué ci-dessous ne s’applique qu’à l’Iran. Aucun parallèle n’est possible avec un autre pays, chacun étant différent (histoire, politique, culture, religion etc…) et tous les pays musulmans n’imposent pas le port du voile ou la charia.

Je tiens également à clarifier ma position quant à ce sujet un peu épineux : je ne suis ni pour ni contre le port du voile. Je suis en faveur du choix personnel.

Salam Masih Alinejad,
Je m’appelle Vanessa, je suis française. j’ai voyagé en Iran cet automne. Un voyage merveilleux durant lequel la beauté de l’Iran m’a bouleversée.
Cependant, en tant que femme je dois avouer que certains aspects de mon voyage ont été moins féeriques que d’autres.
Porter le hijab et devoir couvrir mon corps tout entier était assez troublant. Pour être honnête c’est la première fois que je me sens embarrassée d’avoir des cheveux longs, une poitrine et des fesses… d’être moi…d’être une femme.
J’ai longtemps réfléchi à ce voyage. Pesé le pour et le contre, principalement au regard de la position de la femme en Iran et d’une manière générale du respect des droits de l’Homme dans le pays.
J’ai très vite interrompu mes réflexions quant au respect des droits de l’Homme…aucun pays n’est un exemple et tous les ont bafoués d’une manière ou d’une autre. Alors à défaut de pouvoir m’installer sur une île déserte, je ne censure pas mes choix de voyage.

Cependant, concernant la position de la femme, je me suis posée de nombreuses questions et certaines n’ont pas trouvé de réponses. J’ai dû mal à mettre mes idées en place lorsque j’aborde cette question…il y a tant de choses à dire et à faire…que ce soit ici en France ou là-bas en Iran.
Comme beaucoup, j’ai pensé que le port du voile était culturel. Et comme la culture des autres ça se respecte, on évite de donner son avis sur la question. Et puis je me suis renseignée.

J’ai passé beaucoup de temps sur votre page à lire vos publications et sur différents sites internet. J’ai découvert qu’avant la révolution culturelle, le voile était interdit et que les femmes s’habillaient comme en France dans les années 50. J’ai réalisé alors que tout se mélangeait dans mon esprit : culture et mentalité, protection et oppression…Non, le voile et le tchador ne font pas partie de la culture iranienne.

La culture ne s’impose pas et ne s’interdit pas…elle se partage et se construit entre les individus et au fil du temps…des règles tacites et non verbales communes à tous se créent et perdurent de générations en générations…(avoir du pain à table, manger avec des baguettes, exprimer ses émotions ou au contraire, toujours sauver les apparences…)

Je réalise une fois de plus que la condition de la femme en Iran et ailleurs est dépendante du bon vouloir de personnes à la mentalité archaïque et rétrograde qui sous couvert de vouloir protéger ses citoyens d’eux-mêmes, les oppressent et les réduisent à l’état d’individus de seconde zone, n’ayant pas voix au chapitre. 

Alors oui, je me suis posée de nombreuses questions 

Est-ce que ma présence en Iran cautionne le régime ? Est-ce que je devrais profiter de mon statut « protégé » de touriste et retirer le voile ? Suis-je vraiment protégée en tant que touriste ? Est-ce que les femmes iraniennes considèrent cela comme du courage ou comme un affront, elles qui risquent beaucoup en bravant les règles. Est-ce mon combat ? Suis-je légitime pour parler de cela avec elles ? Tant de questions…

J’ai été admirative d’apprendre que certaines femmes avaient renoncé à participer aux mondiaux d’échecs car elles ne voulaient pas porter le voile…c’est un geste d’une très haute portée…mais est-ce que renoncer à visiter l’Iran aurait la même portée ? 

Et puis j’avoue, j’ai eu peur…J’ai eu peur de finir dans un fourgon de la police, giflée et humiliée. J’ai eu peur de franchir les limites et j’ai eu peur du fouet…voilà ce que vous vivez tous les jours…la peur du fouet. Fouettée parce que l’on participe à une fête mixte, fouettée parce que l’on a voulu s’exprimer, fouettée parce que l’on a refusé le voile. 

Mon seul acte de bravoure durant ce voyage aura été de retirer mon voile au sommet d’une dune, dans le désert…J’avais peu de chance de croiser la police de la moralité. Quand je vois le courage qu’il faut à certaines femmes pour marcher de longues minutes en pleine rue, la tête dénudée pour témoigner de ce qu’elles vivent, je me dis que mon sursaut d’orgueil est pathétique…mais est-ce mieux que rien ?

Toutes ces émotions sont difficiles à gérer. J’ai rencontré des personnes tellement gentilles et accueillantes durant mon séjour, je me suis sentie en sécurité, alors que dans le même temps, je savais ce qui se cachait dans l’obscurité…

Je ne souhaite pas dissuader les femmes occidentales de venir en Iran. Ce pays est tellement beau et tellement rempli de richesses, je voudrais juste qu’elles sachent qu’il y a un envers au décor et qu’elles décident en connaissance de cause. Ai-je tort ? 

De la même manière, je voudrais que les femmes iraniennes sachent, qu’elles ne sont pas seules dans leur combat, et que leur voix commencent à se faire entendre à travers le monde.

Je vous envoie cette photo de moi, prise sans le voile sur les dunes du désert comme témoignage de mon soutien…aussi insignifiant soit-il…en espérant qu’un jour, les iraniennes auront le choix et qui sait, peut-être qu’elles aussi pourront brûler leur soutien-gorge. 

Sincèrement,

Vanessa

Maintenant vous savez…il y a plus derrière la question du port du voile en Iran qu’un simple bout de tissu ou un simple soulèvement d’épaule fataliste.

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