Rendez-vous ce matin avec le chauffeur qui m’accompagnera pendant tout mon circuit jusqu’à Agra. Notre première étape sera le petit village de Pushkar. Je ferai le reste seule. Sortir de Delhi, même tôt le matin, relève clairement du défi…C’est quand même un joyeux bordel et Paris fait office de village perdu à côté de l’étendue de la capitale indienne. 

Cela klaxonne dans tous les sens et tout le monde essaye de s’insérer dans le moindre interstice qui serait laissé entre deux voitures. Nous parvenons enfin à nous extraire des bouchons et filons sur l’autoroute. La vue est monotone et ponctuée de la traversée de quelques petites villes. Pour l’instant, rien n’est tout à fait comme je me le représentais. Cela dit, les motos qui remontent l' »autoroute » à contre-sens ont ce petit quelque chose qui surprend. 

On s’arrête quelques kilomètres plus loin pour prendre un chaï dans un petit restaurant au bord de la route. Je m’installe à une table, mon chauffeur à une autre. On ne mélange pas les genres, apparemment. Je profite de cette pause pour allumer une cigarette. La remarque tombe assez rapidement : « vous fumez, vous les français » avec un regard lourd de sens.  

Je comprends très rapidement que c’est mal vu pour une femme de fumer. Je me lance alors dans une grande réflexion intérieure. Est-ce que je dois continuer à me comporter comme une occidentale, et afficher mon « émancipation » et ma « liberté » en pleine rue, et ainsi peut-être faire bouger certaines mentalités (si tant est que cela ait un quelconque effet…) ? Ou dois-je me plier aux règles sociales indiennes et entretenir l’idée que les femmes ne peuvent et ne doivent pas fumer ? N’est-ce pas néo-colonialiste de croire que sous prétexte que je suis libre de fumer en France, mon mode de vie est meilleur ? Surtout que nous parlons bien de cigarettes, même si vous avez compris que mes interrogations allaient au-delà de la simple cigarette.  

Ce long débat intérieur se poursuit bien après que nous ayons repris la route…J’en arrive finalement à la conclusion, qu’à part choquer les gens et attirer l’attention sur moi, fumer dans la rue n’apportera rien à personne. Je décide de limiter ma consommation  à la terrasse de l’hôtel. Cela ne me fera pas de mal, d’ailleurs.

On arrive tant bien que mal à Pushkar, après quelques 8 heures de trajet. Je suis épuisée. Le Rajasthan est beaucoup plus attrayant que les alentours de Delhi. Les paysages sont toujours très désertiques, mais il commence à se dégager un petit quelque chose qui éveil l’intérêt. 

J’arrive enfin à l’hôtel au bon moment pour assister au coucher de soleil depuis le toit et apprécie le calme qui règne ici. Et puis j’ai droit à la meilleure chambre. Elle donne sur un champ et une petite ferme. Ambiance champêtre par ici…Autant vous dire que je me suis effondrée sur mon oreiller…

Le lendemain, après un petit-déjeuner avec vue, je suis partie me promener dans le village. Les rues sont étroites et agréables. Il y a du monde partout, mais l’ambiance est beaucoup plus calme qu’à Delhi (difficile de faire pire en même temps…) Le village donne sur un petit lac. Toute la vie semble s’être organisée autour. Au détour d’une ruelle, je croise un large groupe de personnes. Un mariage apparemment. C’est une profusion de couleur qui s’étale tout autour de moi. C’est magnifique. L’Inde telle que je me la représentais.

Pushkar est réputée pour être une ville très spirituelle. Selon la légende, un pèlerin aurait déposé des pétales de fleurs (Push) dans le lac situé au centre de la ville. Un jet de lumière serait alors apparu et la ville fut baptisée Pushkar. J’en conclus que « Kar » veut dire lumière ou quelque chose dans ce goût là, mais c’était un peu confus, je ne suis pas tout à fait habituée à l’accent indien. La tradition veut que de nombreux pèlerins viennent se purifier dans le lac de Pushkar et déposer des pétales de fleurs. Il y a beaucoup de prêtres, de personnes qui méditent. Je continue ma balade, tranquillement en veillant à éviter les motos qui zigzaguent à toute allure dans les rues.

Plus tard dans l’après-midi, je suis partie visiter un des temples situé tout en haut de la colline. Je voulais y aller à pied, mais je ne sais pas, Vivek, le gérant de l’hôtel a cru que j’étais en sucre et il a absolument tenu à m’accompagner. Il m’a fait tout un laïus la veille à m’expliquer qu’il y avait des gens mal intentionnés etc…Le genre de discours qui part d’un bon sentiment, mais qui en réalité te casse le moral plus qu’autre chose. 

On est partis en mobylette (sans casque, sans chaussures fermées et sans blouson. En tant que motarde, je ne sais pas à quelle moment je me suis dit que ce serait une bonne idée). J’ai voulu monter à l’indienne à l’arrière de la mobylette. J’avais vu que les femmes montaient en amazone. Très honnêtement, je ne me sentais pas très à l’aise. J’ai fini par monter à califourchon et heureusement ! La petite route était chaotique et après quelques virages serrés et un buffle évité de justesse, nous sommes finalement arrivés au pied de la colline. 

C’est ainsi que nous avons entamé l’ascension des marches qui mènent jusqu’en haut de la colline. Le temple nous surplombe bien plus haut et depuis le sol, le point d’arrivée semble inatteignable…Le soleil est écrasant et j’aurais préféré faire cette petite gymnastique en short et débardeur, mais que voulez-vous…on ne fait pas toujours ce que l’on veut où l’on veut. Monter cette longue série de marches constitue déjà une première introspection. Une préparation à la prière. Les fidèles mettent probablement leur foi à l’épreuve. 

Nous arrivons finalement en haut de la colline. La vue est superbe. Après quelques minutes à savourer la vision sur les alentours, nous sommes redescendus de quelques mètres et avons bu un chaï, ce thé coupé au lait et aux épices. Le premier d’une très longue série, sans doute. 

Sur le chemin du retour, nous avons longuement discuté du tourisme en Inde et de l’image qu’avait l’Inde en France. De vastes sujets pour lesquels ni lui, ni moi n’avions de réponses, mais que nous étions heureux de débattre malgré tout. Nous croisons de nombreux singes pendant notre redescente. C’est vraiment étrange. Cela me fait un drôle d’effet de voir ces animaux à l’état sauvage si près des êtres humains. 

La dernière fois que j’ai vu des singes c’était derrière la vitre en plexiglas du jardin des plantes à Paris. Et cette vision était bien triste…

Assurément Pushkar est un très bon point de départ pour découvrir l’Inde. La petite ville, globalement tranquille si on la compare à la plupart des villes indiennes, permet de se familiariser avec le rythme frénétique de ce pays.  

Informations pratiques

Durant mon séjour à Pushkar j’ai dormi au Green Park Haveli Hotel

Le rapport qualité/prix est excellent et très abordable pour un budget « backpacker »

L’accueil qui m’a été réservé était absolument parfait et Vivek a été d’une gentillesse extrême. Je vous recommande chaudement cet endroit. (Attention, à ne pas confondre avec le Green Park Resort !)

Comme vous l’avez lu, je me suis rendue à Pushkar en voiture. Mais, la ville dispose d’une gare et bien évidemment, les trajets sont possibles en bus. 

Je vous invite à vous renseigner sur les sites officiels des compagnies ferroviaires et de bus. 

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