France

Le Tour du Queyras : 110 km sur le GR 58

C’est au sud de Briançon, le long de la frontière italienne, que se cache un des joyaux des Alpes françaises : Le Parc Naturel Régional du Queyras. Niché dans un coin de la région PACA, ce parc abrite une faune et une flore riche et exceptionnelle et des paysages majestueux. Cela faisait longtemps que l’idée d’une randonnée itinérante quelque part dans les Alpes me trottait dans la tête. Et puis j’ai eu vent du Tour du Queyras. Je n’étais pas sûre d’être prête, physiquement, matériellement et mentalement, mais l’envie était là, alors rien ne pouvait vraiment me retenir. Quelques courses à faire avant de partir, une dernière vérification et voilà que je m’élance en direction des Alpes.

Jour 1 – De Ceillac au col Fromage

C’est après une grosse journée à sauter d’un TER à un autre et d’un car à une navette que j’arrive dans le village de Ceillac en milieu d’après-midi. Le ciel est bleu et l’air est frais. je décide de me mettre en marche dès à présent. La première étape du GR58 qui va de Ceillac à Saint-Véran, est estimée à 6h30 de marche avec un dénivelé positif à +980m et cela fait un bon moment maintenant que je n’ai pas enfilé mes chaussures de randonnée.

J’appréhende un peu tout ça. Je m’élance seule sur une randonnée alpine de plusieurs jours pour la première fois, avec un sac de 15 kilos. Je ne sais pas si mes genoux, mon dos, mes hanches mon moral vont tenir le coup. Je me sens à moitié comme Reese Witherspoon dans Wild quand elle décide de parcourir un partie du PCT avec son sac trop lourd et pas du tout préparée. Du grand n’importe quoi, mais quel aventure ! Si vous en avez l’occasion lisez le livre ou regardez le film.

Enfin, comme à chaque fois, ce qui me fait avancer c’est l’envie de me surpasser et surtout la promesse de paysages magnifiques.

Alors j’y vais. J’avance. Je repère le premier panneau indiquant le début de la randonnée, juste à côté de l’église de Ceillac. Direction Saint-Véran. Je n’atteindrai pas le village ce soir, mais je veux écourter cette première étape et la rendre plus facile.

Très vite, les premiers mètres de dénivelé apparaissent. J’avance à une vitesse proche du 0 km/h. Mon sac est lourd et je n’ai pas de bâtons pour m’aider. Je m’essouffle et transpire à grosses gouttes, mais déjà les paysages sont magnifiques. Les premiers hauts sommets apparaissent au loin, se détachants entre le bleu du ciel parcemé de gros nuages blancs, et les tonalités vertes des étages inférieurs.

Vers 17h30, je décide de poser mon sac et de planter ma tente à l’embranchement de la piste VTT sous le Col Fromage. Ce dernier ne fait pas partie des étape du Tour du Queyras classique, mais c’est un point de repère pour les futurs randonneur.se.s qui me lisent. Un petit ru passe à proximité. Je vais pouvoir remplir ma poche à eau et me préparer à manger.

Mon dîner sera léger et peu appétissant : une soupe lyophilisée avec vue !

Dès que le soleil passe derrière les sommets, la température chute brutalement. C’est le moment pour moi de me glisser dans ma toute petite tente, qui sera mon refuge nocturne pour ces prochains jours.

Jour 2 – Du col Fromage à la Chapelle du Clausis

Réveillée de bonne heure par la luminosité qui passe à travers les parois de ma tente, je m’active doucement. Je n’ai pas encore trouvé mes marques concernant le paquetage de mes affaires. Cela viendra avec l’habitude. Je me prépare du gruau grâce à l’eau du ruisseau. Les températures sont fraîches. Le soleil est encore caché derrière les sommets. Il ne sèchera pas ma tente avant une bonne heure. Tant pis, je la sècherai plus tard.

Je me mets en route le coeur et les jambes légères. Cette légèreté sera de courte durée. Très vite le dénivelé fait son grand retour. Attaquer de bon matin par de la grimpette est plus dur que je ne m’y attendais. Je m’arrête régulièrement pour reprendre mon souffle. Le col des Estronques me semble inatteignable et tellement loin.

Des sifflements retentissent et se répercutent sur les flancs des montagnes. Les marmottes donnent l’alerte. Un large rapace s’élance du sommet et chasse deux corbeaux. Impossible de déterminer de quel rapace il s’agit. Il disparait aussitôt dans la roche et se fond parfaitement dans le paysage.

Après le col, je traverse une mosaïque de paysages en peu de temps : alpages, forêts, prairies. Il ne manque que les troupeaux de moutons. Je croise finalement quelques randonneurs dans ma redescente. Certains à pied comme moi, d’autres accompagnés d’ânes, sont lourdement chargés. J’ai un peu de peine pour eux, mais j’en ai encore plus pour les personnes qui luttent pour se faire obéir. Ce n’est qu’une question d’ajustements, mais les premiers temps avec un âne peuvent être pénibles.

Saint-Véran apparaît enfin au loin. Situé à plus de 2000 mètres d’altitude, c’est la plus haute commune d’Europe et le cadre est très splendide. Il est tout juste midi quand j’arrive au pied du village. Juste le temps de me relaxer et de manger une gamelle de semoule au curry et je reprends mon ascension. Je longe longuement l’Aigue Blanche, le torrent qui court au pied de Saint-Véran et c’est finalement en contre-bas de la chapelle de Clausis que je plante ma tente. Le Refuge Saint-Agnèle est le point d’arrivé de la seconde étape du Tour du Queyras si on suit le parcours classique. Ayant une demi-journée d’avance, je ne me presse pas. Je ne me sens pas d’effectuer une étape et demi dans la journée.

Il y a une fontaine d’eau non potable (j’ai des pastilles) et une zone à assez plate et peu exposée aux vents juste à côté. En revanche, je suis à proximité du chemin, ce qui n’est pas terrible, mais je n’ai pas le courage de monter jusqu’à la chapelle pour planter ma tente. Les marmottes me tiendront compagnie une bonne partie de l’après-midi et du début de soirée.

Je m’endors au bruit de leurs grattis sur la pelouse près de ma tente.

Jour 3 – De la Chapelle de Clausis à l’Echalp

C’est déterminée à rejoindre l’Echalp soit à parcourrir une étape et demi dans la même journée (environ 7 heures de marche) que je m’élance sur le GR 58. Après un bon bol de gruau, je pacte mes affaires assez rapidement. Je crois que je commence à prendre mes marques.

J’arrive assez rapidement au col de Chamoussière à 2800 mètres d’altitude. Il fait froid là-haut, mais la vue est sublime. En contre-bas, apparait le refuge Agnel et sur ma droite l’Italie. De nombreuses voitures et motards circulent sur la route qui mène au Col. Le bruit de la circulation se répercute sur les parois et j’avoue que c’est assez désagréable. On oublie vite les bruits de la circulation quand on est là-haut.

La lumière est magnifique depuis le col. Les nuages projettent leurs ombres dans le vallon et donnent du relief à la scène. Un petit effet dramatique et de perspective qui magnifie le paysage.

Je traverse quelques névés sur ma descente en direction du refuge. Je ne suis pas très à l’aise sans bâtons. Une chute est vite arrivée et bien qu’elle serait sûrement, sans gravité, j’ai pas très envie de me faire mal. Je croise beaucoup de monde qui monte en direction du col alors que je descends. Des familles avec des enfants d’une dizaine d’années ou plus. Je discute rapidement avec un papy qui monte avec sa petite-fille.

Je lui parle de mon envie de rejoindre l’Echalp à la fin de la journée. Il me rassure sur mes intentions. « Vous y arriverez sans problèmes. Mais cela va vous paraître interminable! » L’information est enregistrée, sans vraiment savoir quoi en faire. Je sais que l’étape entre le col Vieux, vers lequel je me dirige et l’Echalp présente un gros dénivelé négatif, mais je n’arrive pas à saisir le problème…Peu importe, je repars, me régalant des paysages et m’arrêtant souvent pour essayer de saisir la beauté du panorama avec mon téléphone.

La remontée vers le col Vieux a été assez pénible. Beaucoup de monde sur le sentier et une envie pressante qui devient gênante, impossible à satisfaire. Le sentier est sur une zone ouverte sans abri et en plus de cela en cours de restauration, donc interdite au public. Je prends mon mal en patience et accélère un peu le pas en espérant arriver aux lacs rapidement.

J’arrive enfin au sommet du col Vieux. La vue sur le Lac Foréant est magnifique. Dominé par la crête de la Taillante, la sensation d’écrasement au moment où j’amorce ma descente vers le lac est forte. On se sent petit et vulnérable. Cela remet un peu les choses en place.

La descente est pénible pour mes genoux. Je commence à fatiguer sérieusement de cette journée. Cela fait déjà 4 heures que je marche. C’est pas grand chose pour certains et certaines, mais avec mon sac de 15 kilos, et mes genoux en bois, cela commence à faire son petit effet.

Je me pose finalement au bord du lac pour déjeuner rapidement. J’arrive tant bien que mal à trouver un petit coin à l’abri du vent pour faire chauffer ma semoule. Face au Col Vieux, j’observe un peu hagarde ce que je viens de descendre. Je n’arrive pas à savourer le moment. Je me suis refroidie et je commence à me sentir fatiguée. La journée devient subitement très longue et j’ai hâte qu’elle se termine.

L’Echalp n’est plus très loin il me semble. J’arrive rapidement au lac Egorgéou (le second en enfilade après le col vieux) et attaque la phase de descente un peu plus raide. Cela descend encore et toujours. Impossible d’en voir la fin. C’est un calvaire pour mes genoux et mes pieds. Mais les paysages sont sublimes et il y a une quantité incroyable de fleurs toutes plus belles les unes que les autres. Je trouve même un petit couple d’Edeilweiss en chemin.

Des petits bonheurs qui font oublier toutes les peines, pendant quelques secondes.

 

J’atteins enfin le hameau de l’Echalp vers 17h. La pluie commence à tomber et j’arrive à trouver un endroit près du hameau pour planter ma tente. C’est pas le meilleur spot, mais je n’y tiens plus. Je m’effondre rapidement après avoir englouti ma soupe lyophilisée sous le bruit des gouttes de pluie qui tambourinent ma toile.

J-4 – De l’Echalp à Abriès

C’est une nouvelle journée avec beaucoup de dénivelé négatif qui m’attend. Je redoute un peu pour mes genoux qui sont mis à rude épreuve dans ces moments, mais la nuit a été réparatrice. Je me sens en forme et prête à attaquer cette nouvelle journée.

Je sens d’ailleurs que mon rythme s’est accéléré. Je suis plus à l’aise et je me fatigue moins vite. Mon sac me semble plus facile à porter d’ailleurs. Bref, je progresse dans ma marche.

Mon objectif du jour se situe à Abriès. Un village de taille moyenne où je pourrais faire quelques achats et refaire le plein de semoule et petits biscuits. J’en ai tellement marre de manger la même chose depuis 4 jours que j’ai soudain très envie de manger une pizza. Une bonne grosse pizza bien grasse avec plein de fromage et plein d’ingrédients hyper gras dessus.

J’ai perdu un peu de poids depuis que je suis partie. Je pense que c’est aussi cela qui facilite ma progression. Non parce que blague à part, la graisse abdominale accumulée pendant le confinement c’est vraiment pas l’idéal pour le cardio !

Le début de cette étape est plat et suit le Guil jusqu’au village de Ristolas. Je m’y arrête le temps de prendre un café et de remplir ma poche à eau avant d’attaquer la suite.

Cela monte raide dès que je sors du village, mais le dénivelé s’adoucit aussi très rapidement, me permettant de progresser à bonne allure. Je croise un groupe de VTTistes qui redescend en direction de Ristolas. Un vrai défilé du 14 Juillet ! J’atteins finalement la colette de Gilly qui est mon point de bascule vers le village d’Abriès. Le village est juste en bas à vol d’oiseau, mais le GR 58 fait faire une belle boucle par le Nord et à travers bois pour le rejoindre.  

La forêt que je traverse est magnifique. De nombreuses zones de prairies en fleurs ponctuent la présence des résineux. Le cadre est bucolique et très relaxant. La descente est douce et agréable. J’arrive à un embranchement assez inattendu. GR 58 et GR58′ sont indiqués, mais pointent des directions opposées. Je distingue à peine les mots « Abriès » et « Le Roux » inscrits sur ces deux panneaux de bois improvisés. J’hésite sur le chemin à emprunter, mais le village de Le Roux, correspond à une variante du GR 58. Pas mon itinéraire, donc.

La descente se poursuit de manière douce et progressive, jusqu’à ce qu’elle s’accélère brusquement à quelques kilomètres du village. J’ai les jambes en coton et la pluie se mêle de tout ça. Juste le temps d’enfiler mon pantalon de pluie et ma veste et je suis en réalité déjà arrivée au village. Je me précipite dans la première épicerie que je trouve.

Je demande à la caissière si elle connaît un bon endroit où manger une pizza dans le village. Elle m’envoie chez Pilou à la sortie de la ville. La meilleure pizza au feu de bois du village apparemment ! Et bien j’ai suivi son conseil et je peux vous dire que je n’ai pas été déçue ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas mangé une pizza aussi bonne.

Ils s’avèrent qu’ils gèrent aussi un petit camping et la pluie m’a un peu mis le moral dans les chaussettes. Alors j’ai fait d’une pierre deux coups et j’ai décidé de poser ma tente chez eux et de m’offrir une douche chaude…Je peux vous dire que je l’ai appréciée !

 

J-5 – D’Abriès au Refuge des Fonts de Cervières

J’attaque l’étape la plus difficile du Tour du Queyras. Je dois rejoindre Font de Cervières en passant par le Col Malrif situé à 2 800 mètres d’altitude. Un dénivelé positif de 1250m et un temps de marche estimé à 6h30 m’attendent. Je ne traine pas trop au camping et pacte mes affaires aussi rapidement que possible. Ma tente est encore mouillée par la pluie qui est tombée une bonne partie de la nuit. Tant pis. Je la sècherai plus tard si j’en ai l’occasion. Le ciel laisse présager une journée relativement ensoleillée.

Il est tout juste 8h30 quand je quitte le camping. A une vitesse à laquelle je ne m’attendais pas, j’atteins le Hameau de Malrif. A peine 2 ou 3 maisons surplombent la vallée. La tranquillité qui se dégage du hameau et le cadre qui l’entoure me laisse rêveuse. Cela dit, en hiver, cela doit être un peu moins engageant.

Alors que je continue ma progression, je tombe sur un plateau traversé par le Malrif, le torrent qui aura donné son nom au col situé quelques kilomètres plus haut. C’est magnifique. On se croirait dans le Montana. Quelques pins, un plateau herbeux, une rivière, des sommets tout autour. C’est fabuleux.

J’attaque alors l’ascension à proprement parlé quelques mètre plus loin. C’est long et pénible, mais elle ne présente aucune difficulté particulière. Presque arrivée au Lac du Malrif qui me domine, la température chute et le vent se lève. Je ne suis pourtant pas encore arrivée. Il me reste à franchir un flanc de montagne, encore quelques lacets et je serai au pied du Col. Là où le dénivelé devient soudainement très raide.

Nous sommes nombreux autour du lac à poser nos sacs pour un déjeuner rapide. Le vent souffle froidement et j’enfile ma doudoune, mon coupe-vent et tout ce qui peut me réchauffer un peu. Au lieu de mon traditionnel bol de semoule du midi, j’opte pour la soupe.

J’observe le col et l’ascension très raide qui m’attendent de l’autre côté du lac. Je sens que je manque de courage et de motivation, alors que mes doigts picotent d’engourdissement. Mais je n’ai pas le choix. Il est temps de repartir.

Le ciel est couvert et peu engageant. Je me hâte. Je ne sais pas ce qu’il va advenir dans les prochaines heures et je n’ai pas envie de me retrouver sous un orage en pleine zone découverte. Tout n’est que rocaille autour de moi. Je monte difficilement, mais je progresse malgré tout. Le dénivelé est très important et j’ai l’impression de monter à pic. Cela me rappelle mon ascension du Gunung Merbabu en Indonésie.

C’est un paysage lunaire et de désolation que je trouve au sommet. Tout n’est que roche et rocaille aux tons gris et triste. Quelques rares plantes ont réussi à se frayer un chemin malgré les conditions rudes et hostiles qui se trouvent ici. J’ai dû mal à me laisser séduire par ce type de paysages, je l’avoue, mais il faut reconnaitre qu’ils font leur effet.

J’attaque la redescente en direction de Fonts de Cervières. Toute la partie dans la roche poussiéreuse me semble interminable. J’ai les jambes bien fatiguées par mon ascension et il me reste encore quelques kilomètres à parcourir avant de me reposer. Je regarde avec envie un homme qui descend devant moi à une vitesse qui me semble folle. Je ne sais pas si ce sont ses bâtons qui lui donnent une telle aisance ou si c’est simplement une meilleure condition physique.

Il me distance rapidement et finit par disparaitre au loin, dans les courbes du paysages qui change progressivement. Les plantes font leur retour de manière plus marquée et l’herbe domine à nouveau le sol.

Comme à chaque fois que je suis confrontée à un dénivelé négatif important, ici -790m, je vis une véritable épreuve physique et morale. J’arrive malgré tout à destination, dans les temps estimés et trouve l’énergie de planter ma tente au bord du torrent en retrait du gîte et des autres randonneurs. Autant vous dire que je n’ai pas fait longs feux.

J-6 – Du Refuge des Fonts de Cervières à Souliers
L’ascension est douce et belle vers le col de Peas qui doit ensuite m’ouvrir l’accès à Souliers. Le ciel est clair et le torrent près duquel j’ai dormi la nuit dernière me guide en contrebas. Le paysage est ouvert en direction du col et derrière moi, les sommets encore sous la brume ce matin se découvrent doucement. C’est beau. Ce mélange de bleu, de blanc et de vert ponctué de petites touches de couleurs violette, rose et jaune me mettent de bonne humeur.
L’ascension me semble incroyablement facile et ce n’est pas dû uniquement au dénivelé en pente douce.
 
Après le col, je m’arrête pour un déjeuner rapide avec vue. C’est incroyable la sensation que cela peut procurer d’observer les montagnes opposées depuis un point culminant. Un mélange de léger vertige et de force qui vous saisi face à l’immensité du monde. On se sent petit et en même temps très puissant. C’est un spectacle émouvant dont on peut difficilement se lasser je crois.
 
Arrivée au village de Souliers en début d’après-midi, j’ai du mal à trouver un endroit où poser ma tente. Entouré de prairies de fauche destinées au fourrage des animaux domestiques, il est impossible de dormir à proximité sans abîmer les prairies et le travail des agriculteurs. Je continue alors, jusqu’à finir par trouver un petit replat avec vue et une fontaine à proximité pour me poser pour la nuit.
 
Des papillons s’envolent par dizaines à mon approche. Tous affairés à s’hydrater ou à capter les sels minéraux présents sur le sol. Je passe un long moment à les observer. Ces scènes se font de plus en plus rares avec l’effondrement de la biodiversité et même si ces regroupements donnent l’impression que nous avons en France, encore beaucoup de papillons, il n’en est malheureusement rien.
 
Quelques randonneurs passent encore sur le GR 58. Tous n’ont pas terminé leur journée. il me reste encore une étape et demi avant d’achever le tour du Queyras par sa version classique. Je suis partagée entre l’envie d’achever ce nouveau défi et celui de le voir se poursuivre encore pour ne pas briser la magie de ces moments passés dans un lieu unique.  
J-7 – De Souliers au Refuge de Furfande
C’est la tente encore trempée par la rosée du matin que je quitte mon campement. Le soleil est resté désespérément caché derrière les sommets jusqu’à une heure bien trop tardive pour que je reste et fasse sécher ma toile.
 
Je me mets en route vers le Col de Tronchet et le village de la Chalp, censé être le point d’arrivée de cette 7ème étape. Sans m’en rendre compte, je me suis largement avancée sur le trajet, en cherchant un lieu où poser ma tente la veille. Après le Col de Tronchet, je croise une famille qui monte dans sa direction. Les deux enfants semblent un peu au bout de leur peine et prendre moins de plaisir que leurs parents dans cette ascension. Le goût de la randonnée et de la montagne leur viendra sûrement plus tard.
 
Les paysages que je traverse me rappellent ceux des fonds d’écran d’ordinateur. Des forêts de pins peu denses recouvertes d’un par-terre de fleurs offrant un mélange de couleurs sublimes. J’arrive au village du Brunissard à une vitesse folle. Il n’est pas encore midi et j’ai 5 heures de marche devant moi si je veux rejoindre le Refuge de Furfande. Autant dire que je suis large. Je m’offre même le luxe d’une barquette de frites, d’un panini au 4 fromages et de faire sécher ma tente avant de repartir.
 
Je longe longuement le flanc du Pic de Jaillon à travers bois et pierriers. C’est après la cabane du Plan du Vallon que je sors finalement de mon abri forestier pour me retrouver à découvert et que j’attaque le dernier gros morceau de marche avant d’atteindre le Refuge de Furfande en passant par le col du même nom.
 

 

Quelques voitures se manifestent au loin. Le col de Furfande est accessible par une route carrossable si on n’a pas peur de malmener un peu son véhicule. Cela dit, il est tout de même recommander de laisser son véhicule au parking et de monter à pied.
Arrivée en haut, après ce qui me semble un temps infini, j’aperçois en contrebas le refuge et au loin Le Pic, le sommet de la Chalve et la Gardette. La vue est incroyable.

Je me hâte d’atteindre le refuge et de trouver un emplacement décent pour ma tente. Le ciel est menaçant et cette « double journée » m’a épuisée. Les marmottes disparaissent au fur et à mesure que j’avance, s’échappant dans les galeries souterraines.

Les randonneurs sont nombreux à proximité du refuge, mais l’ambiance est calme malgré tout. Je savoure ces derniers instants et la vue fabuleuse que le refuge offre sur le Queyras. Une des plus belles que j’ai vues jusqu’à présent, sans aucun doute. Vous devrez monter voir cela par vous même, je n’ai pas pris de photos.

J-8 – Du Refuge de Furfande à Bramousse
Trop fatiguée par ma double journée de la veille, et en avance sur le programme, je décide de respecter le programme habituel du GR 58 et de respecter cette 8ème étape en m’arrêtant au village de Bramousse qui est à une « petite » distance.
 
Le dénivelé négatif est très important et c’est jusqu’au fond de la vallée que je me retrouve en fin de matinée. Je prends mon temps certes, mais là, cette grosse « descente » m’a sciée les jambes. Je n’arrive plus à avancer et c’est au moment où il faut remonter vers les sommets et le petit hameau de Bramousse que le courage me manque. Pourtant je n’ai pas le choix et c’est avec l’énergie du désespoir que je repars vers les hauteurs.
 
Je mets un temps infini à atteindre le hameau. Au-delà de la fatigue, je trouve cette étape longue et peu enthousiasmante. Beaucoup de passages en pierriers, ce que je n’affectionne pas particulièrement, et des points de vue qui m’ont peu marquée. Enfin, cela ne peut pas être époustouflant en permanence.
 
A peine arrivée dans le hameau, je vois partout des panneaux interdisant le camping. Bien que « Camping » et « Bivouac » soient pour moi clairement différents, ces panneaux ne sont pas du tout engageants. On sent qu’il y a un certain ressenti de la part des habitants qui ont peut-être eu affaire à des abus ou des incivilités de la part de certains.
 
Je sors du du hameau en direction du col et je trouve un petit terrain un peu abrité des regards pour poser ma tente. La zone n’est pas particulièrement agréable, de nombreuses bouses de vaches séchées jonchent le sol et un monticule de graviers me met partiellement à l’abri des regards, mais j’ai connu plus romantique comme spot. Tant pis. Je suis rincée, c’est ici que je m’arrête.
 
Demain est un autre jour et surtout le dernier !
 

 

J-9 – De Bramousse à Ceillac
J’ai pris mon temps ce matin pour quitter mon campement. J’ai hâte et en même temps, je me sens un peu triste de voir cette aventure toucher à sa fin.
Après une belle ascension à travers forêt et hameaux, j’arrive au col de Bramousse et je redescends tranquillement à travers un paysage varié et agréable en direction du village de Ceillac.
 
La descente est agréable et je progresse bien. C’est à l’heure du déjeuner que j’arrive finalement à Ceillac, devant la même petite église d’où j’étais partie 8 jours plus tôt.
 
C’est un mélange de fierté et de satisfaction que je ressens en bas. C’est 8 jours (7 jours plein et 2 demies journées) de marche m’ont convaincu de poursuivre vers d’autres aventures de ce genre. La Franc est un incroyable terrain de jeu pour qui aime la randonnée et les activités de pleine nature, il serait dommage de s’en priver.
 
Les navettes locales pour retourner en direction de Guillestre ne partent que tôt le matin. C’est au camping municipal et avec une bonne douche chaude que je passe ma dernière nuit dans le Queyras.
 
Alors que la nuit tombe, de nombreux parapentistes décollent des hauteurs qui nous encerclent. Certains montent longtemps effectuant de longs cercles dans les airs. La vue doit être époustouflante là-haut. Ils restent dans le ciel un long moment. Assez long pour voir descendre des estives un troupeau de moutons accompagné des patous, des border collier et de leur berger. Le travail des chiens est fascinant. Chacun à son propre rôle et sa mission. Les patous surveillent les bêtes et assurent leur sécurité, tandis que les border rassemblent les moutons.
 
C’est sur ces derniers instants, symboles de la vie pastorale des montagnes, que je m’éclipse une dernière fois dans ma tente, pendant déjà à mes prochaines péripéties.
 
 
 
 

 

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