Wild Atlantic Way
Europe,  Irlande

La Wild Atlantic Way à Vélo #4 – De Doolin à Castlebar

Précédemment dans les Péripéties de Vany :

Dans l’épisode #3 de mon voyage à vélo le long de la Wild Atlantic Way, je vous racontai ma rencontre avec les sublimes nuances de verts de la Péninsule de Dingle et mon arrivée sur le site de Cliffs of Moher sous une pluie battante. Dans ce nouvel et dernier épisode de ce voyage, je vous raconte ma rencontre complètement flippante lors d’un rendez-vous couchsurfing, ma première nuit en camping sauvage sur la plage, le Connemara et enfin, mon arrivée au point final de ce voyage incroyable.


DE DOOLIN A GALWAY

21 septembre 2017

J’ai décidé de me reposer une journée complète dans la petite auberge où je loge à Doolin, à quelques kilomètres de Cliffs of Moher. 

Du coup, j’en profite pour chercher un plan couchsurfing à mi-chemin entre Doolin et Galway, situé à 80km. Vu l’état de fatigue dans lequel je suis et vu que mes genoux commencent à protester, je ne suis pas sûre d’atteindre Galway en une journée et il n’y a pas de camping entre les deux villes. Je finis par tomber sur un compte dont le propriétaire vit dans un écovillage. Les commentaires sont dithyrambiques. Je suis très curieuse de savoir comment se déroule la vie dans un écovillage, et prends contact. 

Sans pour autant me confirmer qu’il m’hébergera, nous nous donnons rendez-vous le lendemain à 14h au village de Kinvarra situé à mi-chemin sur la route de Galway. D’après ce que j’ai compris, l’écovillage est aux alentours. Autant vous dire que j’étais excitée comme une puce ! Je me vois déjà en train de construire ma cabane en bois et couper mes bûches moi-même…(#clichés)

Me voilà le lendemain, partie à l’assaut de la côte et de mon rendez-vous. Je quitte le village de Doolin sous un ciel mitigé, mais bien moins pluvieux que la veille et je me félicite intérieurement d’avoir passé la journée d’hier sous abri, vu ce qui est tombé toute la journée. Je décide de prendre la route la plus longue, mais qui n’a quasiment pas de dénivelé.  

Ainsi, j’arrive tranquillement près de Burren. Des plateaux karstiques se sont transformés sous l’action du ruissellement de l’eau, créant des formes géométriques plus ou moins régulières. Tantôt falaises, tantôt plateaux, le site est étrange et a une drôle d’allure. Un aspect un peu lunaire où toute vie semble avoir été anéantie. Je ne m’y attarde pas. Je n’ai pas vraiment le temps et puis, ce qui vaut vraiment le coup d’oeil c’est le chemin de randonnée de Burren. 

La route est belle comme d’habitude. Les kilomètres s’enchaînent rapidement sans que je m’en rende vraiment compte. Je suis quasiment seule sur la route. Je ne croise presque aucune voiture et le vent est au plus bas. Les conditions sont idéales.

Voyage à vélo en Irlande

14h ! Comme prévu, je retrouve mon futur hôte et une jeune femme qui l’accompagne, devant le port de Kinvarra, tranquillement assis sur un banc. 

Mon excitation n’a pas baissé d’un degrés et je suis déjà en train de déballer toute mon énergie à grands coups de « Hey, comment ça va ? C’est super ! Tout est supeeeeer ! Wouhouuuuuu ! Quand est-ce qu’on part à l’écovillage ? Elle est où votre voiture ? J’adore l’Irlande !!!! » Tout ça sans vraiment prendre ma respiration entre chaque phrase. Très calmement et dans un quasi murmure, il me demande de m’asseoir sur le banc avec eux. Coupée dans mon élan j’obtempère, mais ne comprends pas vraiment pourquoi nous ne nous dirigeons pas vers le village (Moi citadine, moi pas le temps…) 

Au bout de quelques secondes d’un silence pesant, je demande ce que nous attendons, assis, là…

– Nous attendons nos âmes.

Dire que j’ai été « surprise » par cette réponse est un minimum. Mais je ne me démonte pas. Nous n’avons pas tous les mêmes croyances et nous avons tous une manière qui nous est propre d’envisager la vie et le sens qu’on veut lui donner. Après tout, pourquoi il n’y aurait que les natifs américains qui auraient le droit de penser que les âmes sont escortées par des chevaux. Je me ressaisis donc et continue à poser mes questions. 

Combien de personnes vivent là-bas, depuis combien de temps il existe etc…Mais toutes les réponses sont très évasives : « On est nombreux », « Il existe depuis un certain temps », « Il est par là… » Il y a un truc qui cloche. Sans parler du fait que je suis très mal à l’aise assise entre eux deux. Lorsque je parle à l’un je ne vois pas l’autre et la jeune femme ne cesse de glousser dès que je pose la moindre question. 

Après quelques échanges rapides sur mon voyage, mon vélo et ma personne, la jeune femme me dit de déposer mes affaires dans leur voiture garée à quelques mètres. Une vieille saxo, dans laquelle mon vélo ne rentre clairement pas. Je reste un peu dubitative, mais soit, ils ont peut-être un solution que je n’ai pas envisagée. C’est là qu’elle me dit que Monsieur va s’occuper de tout charger et de mettre mon vélo sur le toit pendant qu’elle et moi, on part se promener dans le village. Comment vous dire…

 Je lui demande de répéter, j’ai peut-être mal compris. Mais non. J’ai très bien compris. Ils me demandent de charger toutes mes affaires dans la voiture et de les laisser à un parfait inconnu, le temps de faire un petit tour pour je ne sais quelle raison…Je pense que l’expression de mon visage devait être très explicite. La jeune fille commence à m’expliquer qu’il est très important que je leur fasse confiance, sans quoi cela ne peut pas fonctionner. 

Beaucoup de gens veulent venir à l’écovillage, tous très passionnés par l’environnement (un peu comme moi) et qui posent tout un tas de questions (toujours un peu comme moi) que c’est très fatigant pour eux de tout expliquer à chaque fois (ok, j’ai compris le message les gars…) et qu’avant de les faire venir dans la communauté, ils veulent s’assurer que tout le monde est sur la même longueur d’ondes

Effectivement c’est un raisonnement qui se tient, cela dit, il aurait été beaucoup plus honnête de leur part de m’expliquer dès le départ qu’ils voulaient s’assurer que je correspondais à l’esprit de leur mode de vie, ce que j’aurais compris, et on se serait assis autour d’un café et on aurait discuté comme des gens normaux qui font connaissance.  

Donc là, je veux bien être ouverte d’esprit toussa toussa, mais c’est non ! Je leur explique que je ne me sens pas à l’aise avec cette idée, que je ne tiens pas à être impolie, mais clairement je ne veux pas leur laisser mes affaires. Nous avons échangé encore quelques mots et nous en sommes arrivé à la conclusion que c’était peut-être juste une question de « timing ». Étrangement, personne n’a eu besoin d’expliquer cette idée. On s’était compris, au moins sur ce point. Peut-être qu’un jour je recroiserai leur route et peut-être qu’à ce moment-là, leur proposition n’éveillera pas de suspicion chez moi. Qui sait…

 Je les ai laissés là, sur leur banc et je suis partie sans me retourner, comme si j’avais la mort aux troussesIls m’ont laissé une impression vraiment étrange et désagréable. Je n’ai pas arrêté de cogiter sur mon vélo, les imaginant en train de me suivre, me kidnapper ou pire, me marabouter… Je voulais mettre le plus de distance entre eux et moi. 

Le deuxième effet Kiss Cool, c’est qu’il y a quelques années, quand je suis rentrée de mon année sabbatique autour de l’Asie, j’aurais accepté les yeux presque fermés de laisser mes affaires dans leur voiture et de partir dans un lieu inconnu, rempli de personnes inconnues, juste pour l’aventure humaine, l’échange, la découverte d’une vie différente. 

Quatre ans plus tard, le quotidien et le rythme frénétique de la vie occidentale semblent m’avoir rattrapée. A nouveau méfiante et ayant peu confiance en mon voisin, je suis peut-être passée à côté d’une incroyable expérience en prenant mes jambes à mon cou. Qui sait. Je n’ai pas de regret pour autant, j’ai juste suivi mon instinct. 

J’arrive finalement à Salthill à la sortie de Galway, en fin d’après-midi et m’effondre dans ma tente. J’ai parcouru 80 kilomètres aujourd’hui, et j’ai fini les 15 derniers avec des belles rafales de vent de face, sans parler des émotions précédentes…les joies du voyage !


DE GALWAY A CARRAROE

22 septembre 2017

J’ai quitté le camping de Galway sous un ciel gris et venteux. La nuit a été mauvaise à cause du vent. Je suis d’une humeur de chien. Je déteste ces matins où l’on doit empaqueter ses affaires sous la pluie et le vent. C’est démotivant au possible. Heureusement, cela se calme rapidement après mon départ. J’entre sans vraiment m’en rendre dans le Connemara. Le paysage a complètement changé par rapport à hier. De grandes étendues herbeuses font leur apparition, entourées de montagnes lointaines. C’est un vrai bonheur de traverser ce genre de paysage, surtout lorsque le temps est favorable. J’ai l’impression que je pourrais pédaler toute ma vie. 

J’avance à bonne allure, malgré mon incapacité à trouver ma position sur mon vélo, alors qu’hier, tout allait bien. J’arrive à 14h au village. Parfait ! Cela me laisse le temps de faire quelques courses à la supérette du coin et de rejoindre le camping. Sauf qu’il est impossible de trouver le camping. J’ai beau tourner dans le village et suivre les indications, il n’y a rien qui abouti. Je finis par demander une énième fois à un passant. Et on me répond simplement qu’il a fermé il y a plusieurs années. Autant vous dire qu’à ce moment là, c’est un peu la panique dans ma tête. 

– Mais vous pouvez faire du camping sauvage sur la plage, tout le monde fait ça ici. 

Je ne suis pas forcément très à l’aise à l’idée de faire du camping sauvage à découvert (j’aurai préféré trouver une forêt), mais je n’ai pas vraiment le choix. Il n’y a aucun autre camping dans les environs d’après ma carte. Alors soit, je prends sur moi et descends en direction de la plage. 

Après une descente bien raide, j’arrive enfin sur la-dite plage. Un énorme panneau indiquant « Camping interdit » est placé juste à l’entrée, après le parking. Ambiance. Des sanitaires ont été construits à côté et il y a un point d’eau courante. Je me dis que je vais pouvoir mettre ma tente à l’abri des regards, juste derrière le bâtiment. Sauf que très rapidement, je me rends compte que le terrain est gorgé d’eau et qu’il est impossible pour moi de planter ma tente ici. 

Alors je pars en repérage. Je laisse mon vélo derrière la bâtisse et pars à la recherche de l’endroit le plus apte à me recevoir pour la nuit. La plage est belle, enclavée dans une toute petite baie. On se croirait sur la côte bretonne. Je trouve finalement un endroit où planter ma tente, légèrement en hauteur. La planter directement dans le sable me tente bien, mais je ne sais pas jusqu’où monte l’océan à marée haute. Donc par précaution, je préfère monter de deux ou trois mètres. 

Je me pose devant l’océan et casse la croûte en attendant que le flot de promeneurs s’atténue pour pouvoir monter ma tente. Histoire d’être la plus discrète possible. Les heures passent et j’ai l’impression qu’il y a toujours autant de monde qui vient se promener sur cette plage. Dès qu’une voiture s’en va, une autre arrive. Je suis fatiguée et je voudrais pouvoir me reposer dans mon duvet. 

Je finis par craquer et décide que tant pis, je montrais ma tente à la vue de tous ! Je déplace d’abord mes sacoches, puis mon vélo. Il s’enfonce dans le sable de la petite dune que je dois franchir. Je pousse comme un âne, mais je finis par me caler à l’endroit prévu. 

Je monte ma tente rapidement et profite de la vue

Voyager à vélo en Irlande

Il y a pire, non ? 

Je croise encore quelques promeneurs qui passent devant mon igloo. Je me sens rassurée finalement. personne n’a l’air d’un tueur sanguinaire par ici.  Je m’offre un coucher de soleil sympathique et m’endors comme une petite mamie à 22h, emmitouflée dans mon sac de couchage ultra-confortable (je sais je l’ai déjà dit, mais je l’aime tellement :)). 

Je suis réveillée au milieu de la nuit. Ma petite tente qui plie et ploie sous la puissance du vent qui souffle comme jamais. Ma tente se couche littéralement sur moi. Forcément, un igloo. Niveau prise au vent, on fait difficilement pire. Impossible de me rendormir. Je regarde les arceaux de ma tente geindre, se tordre et craquer toute la nuit, prête à voir mon abri céder d’une minute à l’autre, me laissant dans une posture délicate. Ce fut une très longue nuit.


DE CARRAROE A GURTEEN BAY

23 septembre 2017

Autant vous dire qu’après une deuxième nuit quasiment blanche, l’ambiance n’est pas à la fête, ce matin. J’en ai tellement marre de ce vent que je décide de changer mon plan de route. Terminée la côte, la marée basse, les piafs et surtout les rafales de vents ! Je décide de couper à travers les plaines. 

Et bien, on peut dire que j’ai été inspirée ! La petite route qui rallie Cashel et Gortmore est tout simplement superbe. Les plaines du Connemara sont comme dans les films, des nuances oranges, brunes et ocres qui se mélangent avec harmonie et s’accordent autour de la toute petite route, à peine plus large qu’une fourgonnette. Ce décor me rappelle le Qinqhai, une des immenses province de Chine, que j’ai entraperçue depuis le train qui me menait à Lhassa et où les steppes s’étendent à perte de vue. Parfois sans raison apparente, l’herbe devient parfaitement verte et tranche avec les tons fades alentours. 

Le vent s’est remis à souffler. Puissant et violent, je l’entends gémir et prendre de la puissance lorsqu’il se faufile entre deux collines, me poussant vers le centre de la route et m’obligeant à m’appuyer sur lui pour me donner plus de force dans cette lutte inégale. Pourtant cette fois, il ne me gêne pas dans ma progression. Au contraire. Par moment, j’ai même l’impression qu’il me pousse légèrement. Nous avons signé un accord lui et moi pour cette journée. 

Je me régale de ces paysages mélancoliques. Ils iraient parfaitement dans un des romans des soeurs Brontë. Surtout avec le ciel qui se couvre de plus en plus. 

10 kilomètres avant d’arriver à mon point de chute du jour, des cordes se mettent à tomber. Couplées au vent, les gouttes sont cinglantes sur mon visage. Je me recroqueville un peu sur mon vélo, pour m’isoler le plus possible des gouttes gelées. Très rapidement mes chaussures et mes chaussettes sont trempées et ma veste n’est plus imperméable depuis un bon moment. J’arrive enfin au village et me mets en quête de trouver le camping. 

La réception est en haut de la butte (mais, POURQUOOOOOIIIIIIII faut-il que ce soit toujours en haut d’une butte ???!!!) Je pose mon vélo tant bien que mal contre la barrière est frappe à la porte. La gérante descend et me regarde avec des yeux ahuris. Je dégouline littéralement de partout. 

Une énorme flaque se dessine autour de moi. J’ai une allure pitoyable. Tellement pitoyable qu’elle refuse de me faire payer l’emplacement pour ma tente. Elle m’indique rapidement la cuisine, les sanitaires, les douches, la laverie et me laisse me débrouiller comme je peux. 

Et bien ce n’est pas compliqué, après avoir séché mes affaires, pris une douche bien chaude et englouti mon repas du soir, j’ai décidé que je ne dormirai pas sous le vent et la pluie. Mon corps et mon âme hurlent après une nuit de sommeil réparatrice. Je décide donc que ce sera sur le banc de la cuisine que je passerai la nuit et très clairement, PERSONNE n’aurait pu me déloger de ma place. Et vous n’allez pas le croire, mais c’est sur un banc en bois que j’ai passé une de mes meilleures nuits.

 


DE GURTEEN BAY A RINVYLE

24 septembre 2017

Le ciel est d’un bleu pâle aujourd’hui et s’assombrit par moment. Je suis passée des décors tristes et mélancoliques de la campagne anglaise de Jane Eyre, à l’allégresse et au pétillant des filles du Dr. March. Je croise de nombreuses maisons qui semblent inoccupées sur ma route. Certaines respectes les vieilles traditions et ont été construites en toits de chaumes. Elles ont un charme divin. 

La côte et moi nous sommes réconciliées. Je longe l’océan et la grève m’offre une belle palette de couleurs en découvrant des algues brunes, des mottes jaunes et de la roche parfois recouverte de mousse verte. 
Je m’arrête souvent pour essayer de saisir le charme de ces scènes avec mon appareil. Le résultat ne sera jamais satisfaisant. La beauté de ce que mon oeil voit, va au-delà de la composition photographique. Aucun de mes clichés ne sauraient rendre grâce à ce décor. Mais j’essaye quand même. Au cas où…

Ces paysages m’hypnotisent comme aucun autre ne saurait le faire. Une ligne de vue brisée régulièrement par les collines, des pelouses denses et fertiles, les ombres des nuages projetées sur le sol qui se meuvent au rythme de la bise qui souffle doucement…Ces images réveillent en moi mes désirs de liberté, de découverte et d’aventure. Partir tout droit à travers champ dans une folle cavalcade qui ne mènerait nulle part et partout à la fois. Aller à la rencontre de l’inconnue qui se cache derrière ces collines et au fond de moi. Repousser mes limites. 

Parfois lorsque je regarde en arrière, je me dis qu’il est triste que j’ai attendu tant d’années pour « oser ». Aussi insignifiants que cela puisse paraître à certains. Je regrette d’avoir passé tant d’années à me trouver des excuses pour ne pas réaliser ce qui me faisait rêver secrètement, le soir dans mon lit. Je repense à tous ces plans que j’avais montés dans mon esprit rêveur, en observant fixement le reste du monde à travers des cartes et le site du routard, m’imaginant en grande aventurière intrépide. Mieux vaut tard que jamais.  

J’arrive enfin à Rinvyle après avoir franchi péniblement les dernières côtes de la journée. La claque est monumentale. Le camping donne quasiment directement sur la plage, à peine protégé par une petite dune. Le spectacle est magnifique. 

La plage est large et d’un sable fin. Au loin sur ma droite, se dressent les collines que j’ai aperçu plus tôt dans la journée. La marée est basse et a marqué quelques étranges tresses dans le sable, en se retirant. Elles forment des courbes sinusoïdales et donnent du relief à la plage. Le vent est faible et les rouleaux s’enchaînent régulièrement. Je suis au comble de la joie. Chaque douleur, chaque peine, chaque doute est balayé du revers de la main aussi facilement que s’il s’était agi d’une brindille sur mon visage. Il n’existe probablement pas de moment plus libérateur que celui de trouver ce que l’on est venu chercher. 

Je reste longuement sur la plage à prendre plein de photos. Je regrette de ne pas avoir un van ou même un camping-car pour dormir face à l’océan cette nuit. Mais ma tente ne supporterais pas une nouvelle nuit comme celles que j’ai passées précédemment. 

 

Wild Atlantic Way

La marée montante fait de plus en plus pression sur les promeneurs et promeneuses de la plage. Je retourne en direction de ma tente et profite des derniers rayons de soleil pour me réchauffer encore un peu. Tout est calme. Je savoure l’ambiance et le moment. Tout change tellement vite le long de la côte. 

Le soir pendant, que je me prépare à manger dans la petite cuisine, je fais la rencontre d’une touriste allemande, qui voyage en camping-car avec son mari. Ils se sont installés juste devant le front de mer (veinards). Nous échangeons longuement sur nos expériences de voyages. Je lui parle de mes voyages en Iran et en Inde principalement. Elle me répond qu’elle a mal vécu l’Inde et qu’elle aurait voulu aller en Iran, mais que ses proches s’y sont opposés. Je lui parle du pays, de ce que j’ai vécu, vu, tellement loin de ce que tout le monde raconte et s’imagine. Elle repart regonflée à bloc, prête à prendre son billet d’avion pour Téhéran. Parfois, on a juste besoin de quelqu’un qui nous donne le petit coup de pouce qui nous manquait pour franchir le pas. J’espère avoir été cette personne. 


DE RINVYLE A CASTLEBAR

25 septembre 2017

Je me suis levée peu motivée. La nuit a été mauvaise (encore). Pour une fois que je n’avais ni vent, ni pluie pour me réveiller, ce sont mes jambes qui n’ont eu de cesse de me réclamer des étirements. Mais cette journée me réserve de belles surprises. La route qui passe par l’abbaye de Kylemore est délicieuse au possible. De belles collines aux plis franchement découpés surplombant un lac ou un étang, accompagné d’un vert peu soutenu, légèrement délavé. Cela m’a fait penser aux paysages des Iles Féroé (un autre grand rêve de voyage)

Les grandes étendues d’herbes jaunes, d’ajoncs et de bruyères s’enchaînent continuellement, parfois interrompues par un carré de verdure sorti comme par magie du sol. Et puis soudain, après une butte un fjord apparaît. J’en ai le souffle coupé. Grandiose et spectaculaire, le bras de mer qui s’enfonce entre les flancs des collines rappelle les périples vikings et les histoires qui y sont associées. Aujourd’hui les fermes piscicoles ont pris la place des bateaux de pêche et leurs filets s’alignent régulièrement dans l’eau. Depuis la route, impossible de prendre une photo du fjord malheureusement.

Je quitte soudainement le Connemara pour entrer dans le comté de Mayo, comme en atteste le panneau que j’ai croisé « Last pub of Connemara / First pub of Mayo ». Les collines se sont soudainement affaissées et les paysages se sont ouverts. Plus verdoyants, les bocages ont réapparu. Les moutons se sont dispersés un peu partout dans les prés, plus grands que dans le comté voisin. Évoluant parfois en semi-liberté, ils’approchent de la route et parfois, ils ne sont que des tâches blanches sur un fond vert. Je croise une rivière, qui s’écoule tranquillement à travers les étendues herbeuses et offre une belle ligne de fuite à mon regard qui la suit tant qu’il peut. Quelques maisons surgissent au bord de la route ou sur les hauteurs. Le cadre est romantique à souhait.   

J’arrive finalement au camping de la petite ville de Turlough, bien après la sortie de Castlebar. J’ai fait les derniers kilomètres sur la bande d’arrêt d’urgence de la Nationale. Un enfer. Arriver là-bas fut un incroyable soulagement. Il est temps pour moi de penser à mon retour en France. Impossible d’aller jusqu’à Dublin à vélo pour ensuite prendre le train jusqu’à Cork. Mes genoux ne supporteront pas le dénivelé qui se dessine sur Googlemaps. J’hésite tout de même à pousser jusqu’à la Péninsule de Corraun et ainsi découvrir les îles Achill, mais malheureusement les camping ferment tous les uns après les autres. La saison touche à sa fin. Mon voyage aussi. Je décide de rester ici deux jours, le temps de me reposer, pour ensuite redescendre tranquillement vers Galway, d’où je prendrai un bus jusqu’à Cork. Les changements de programmes font partis du voyage. 

Ce voyage aura été une incroyable aventure. Je ne me pensais pas capable de faire tous ces kilomètres, de vivre dans ma tente pendant ces trois semaines et y trouver le plaisir d’un foyer chaleureux et cosy. Le voyage à vélo permet de découvrir le monde à une vitesse idéale. Suffisamment lentement pour savourer les paysages que l’on croise et assez vite pour progresser régulièrement dans son périple. Il procure une satisfaction indescriptible. Ces sentiments enivrants du dépassement de soi, de l’aventure et de l’exploit. Je parle de l’exploit personnel. Celui que vous ne pensiez pas être capable d’accomplir. Il ouvre la porte à tant d’autres perspectives et possibilités.  

Voyager à vélo, c’est avoir la liberté de son itinéraire, de pouvoir le modifier plus facilement, de ne pas avoir la contrainte logistique d’un véhicule. C’est tellement jubilatoire de dépasser toutes ces voitures coincées dans un bouchon. Il permet aussi de provoquer des rencontres plus facilement que depuis un véhicule et de découvrir le monde de manière économique et écologique. Le voyage à vélo n’est pour autant pas parfait. Le météo, le vent, la pluie, les véhicules, la fatigue, les casses matérielles, les passages difficiles ou dangereux peuvent altérer l’euphorie du voyage. Mais, ils sont toujours finalement contrebalancés par tout le reste et vite oubliés. 

Une côte sera toujours suivie d’une pente.

Ce voyage le long de la Wild Atlantic Way est le premier d’une série que j’espère longue. Je pense déjà à une traversée des Etats-Unis à travers les paysages grandioses du nouveau continent, mais également à la découverte de l’Asie centrale, de la Mongolie et du Lac Baïkal chevauchant mon fidèle destrier. Des rêves, encore et toujours, qui se réaliseront d’une manière ou d’une autre, comme toujours. 

FIN

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