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Du Massif de la Clape à Carcassonne : balades en pays Occitan

Chose promise, chose due, cette fois je vous emmène en balade en pays Occitan ! J'avais évoqué autour de moi que cette année, je me consacrerai à des découvertes géographiquement plus proches. Cela tombe bien, Roudoudou a grandi dans la région, et j'avais besoin de m'éloigner de la grisaille lyonnaise. Alors quand l'opportunité s'est présenté d'aller faire le plein de vitamine D et de découvrir les environs de Narbonne, je n'ai pas trop hésité.  A peine arrivée, je suis accueillie par un ciel et un soleil radieux. Les prochains jours s'annoncent délicieux, j'ai hâte de découvrir davantage ce que le coin me réserve. 

Le Massif de la Clape

C'est parti pour une petite randonnée dans le Massif de la Clape, dans le Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée. Autant dire, que cela promet une belle végétation et de beaux points de vue. D'ailleurs, le Massif est répertorié comme site Natura 2000 et Espace Naturel Sensible du Département de l’Aude pour la richesse de sa biodiversité.

On y trouve la Centaurée de la Clape qui n’existe nulle part ailleurs et 62 espèces d’oiseaux. Rien que cela !

Tout juste arrivés au point de départ, nous nous enfonçons dans le massif et montons tout doucement vers les hauteurs. 

La végétation change lentement et les pins et feuillus disparaissent progressivement, ouvrant ainsi la vue sur les falaises du massif. On se faufile le long du sentier qui serpente entre les parois de la petite gorge. Ces tons mêlés de vert et de calcaire me sont familiers.

Ce sont ceux du sud, du pourtour méditerranéen et de la Provence. Les couleurs des vacances et de l'été.

Nous bifurquons dans un virage légèrement coudé pour grimper davantage sur les hauteurs. Les arbres s'évanouissent brusquement pour laisser la place à une prairie où seuls quelques pins émergent fraîchement du sol. Un papillon Machaon nous fait la grâce de rester immobile suffisamment longtemps pour être immortalisé.

La vue est dégagée là où nous sommes et nous pouvons apercevoir Gruissan au loin, ainsi que la chaîne des Pyrénées et le Mont Canigou enneigé.

La proximité des montagnes et de la mer offre une mosaïque de paysages et de contrastes : étangs salés séparés de la mer par de minces bandes de sable qui s'entrelacent et dont les courbes ont été dessinées par le vent et les courants ; crêtes, collines, vallons, accompagnés de pins et de genêts reposants sur les affleurements rocheux surplombant ces eaux saumâtres. Le soleil se réfléchit et scintille sur l'eau avec la frénésie des vaguelettes produites par le vent qui souffle légèrement.

Pas un bruit ne vient rompre la quiétude du lieu. Seuls quelques passereaux téméraires osent sortir de leur cachette pour se réfugier aussitôt dans une autre. Nous avons à peine le temps de les apercevoir.

Nous redescendons à travers la forêt de pins. Le sol est sec et couvert d'aiguilles. Les sillons tracés par les VTTistes mettent à nue les racines des arbres. Elles dessinent des réseaux inextricables, dont on ne parvient pas à déterminer l'origine et la destination.

Nous arrivons finalement au terme de cette courte promenade dans le massif et nous dirigeons vers le village de Gruissan. Nous longeons l'étang où les flamants roses se reposent en un large groupe d'individus plus ou moins compact. Aucun bec ne dépasse. Tous ont "enroulé" leur long cou quelque part sous une de leur large aile. Seuls les goélands, pénibles voisins bruyants s'agitent continuellement.

Gruissan

Gruissan apparaît clairement un peu plus loin, bâtie sur une mince bande de terre

Nous entrons dans le petit village en quête d'un endroit où boire une petite mousse rafraîchissante. Trois anciens sont assis sur un banc, prenant l'air et observant les quelques passants. Le seul homme de la bande, silencieux et taciturne, reste impassible pendant que les deux dames qui l'accompagnent se concertent longuement pour nous trouver le meilleur endroit. Elles nous demandent soudainement ce que l'on souhaite boire, pour nous guider au mieux. C'est lorsque le mot "bière" est lâché que le regard morne de notre vieux monsieur s'illumine, accompagné d'un petit sourire en coin...Quelques souvenirs ont dû refaire surface ^^

Nous posons nos sacs dans un petit café cosy et joliment décoré juste en face de l'église Notre Dame de l'Assomption. Une bière artisanale plus tard, nous montons vers le Château et sa tour qui nous surplombent.

Datant du Xème siècle, le Château offrait aux habitants une place forte et sécurisée contre les persécutions des assaillants Barbares tout en permettant une surveillance optimale des côtes, grâce à la Tour Barberousse située au centre du Château.

Utilisée principalement comme geôle, la seule issue permettait une surveillance facile des prisonniers en rendant les évasions quasi impossible. 

En effet, les évadés étaient immédiatement exposés à la vue des gardes et n’avaient aucune chance d’escalader les murs d’enceinte du château sans être vus. D'ailleurs, personne ne sait vraiment pourquoi "Barberousse". 

Il est possible que le nom de la tour soit inspiré d'un Barberousse, pirate et corsaire à la fois, qui sillonnait le Golfe du Lion et dont les exploits auraient suffisamment impressionnés les gruissanais pour qu'ils baptisent la tour ainsi, jusqu'à ce que le nom entre dans les usages locaux. 

Il est également possible que cette Tour ait été baptisée ainsi en raison de Khizir Khayr ad-Dîn Barbe Rousse, pirate ottoman, qui sillonnait les mers et terrorisait tout ceux qui se trouvaient en mer ou au port. 

Aujourd'hui, le site offre un magnifique panorama à 360 degrés sur la ville et ses marais salants.

Nous redescendons et nous arrêtons dans l'église Notre-Dame de l'Assomption. Son histoire est assez incertaine, du fait des multiples modifications qui ont été effectuées au sein de l'édifice. Cependant, il semble que le grand tableau situé sur le mur Est, soit l'œuvre du peintre audois Jacques Gamelin (1738/1804) pour commémorer le sinistre du 28 février 1797 date du naufrage de quatre bateaux du village entraînant la mort de 32 marins. 

L'église est petite et calme, et l'on imagine parfaitement la vie paroissiale qui s'y déroule. Les vitraux offrent une atmosphère particulière au lieu, comme souvent. Mélangeant les tons chauds et froids, ces faibles sources de lumières viennent jouer avec le froid de la pierre la courte nef. 

Un long balcon décoré de bleu, de turquoise et d'or surplombe les bancs des fidèles et court tout autour de la nef. Les tons et les moulures sont un peu kitsch, mais cela rend l'église un peu plus attachante et rompt franchement avec l'austérité habituelle que l'on retrouve dans ce genre d'endroit. 

Nous poursuivons notre promenade dans les petites rues calmes. Il y a peu de monde à cette époque de l'année. C'est la langueur des villages du sud de la France hors-saison qui me plaît le plus. Les terrasses des cafés et des restaurants sont le plus souvent vides et l'on pourrait s'imaginer que les journées sont d'un ennui mortel pour ceux qui les vivent, mais pour moi, simple âme errante, je les trouve délicieusement ressourçantes.

Le ciel du printemps, d'un bleu intense, comme on ne le trouve que dans le sud de la France, se marie parfaitement avec la couleur pâle des toits en tuiles de ces petites maisons de villages où la vie s'écoule paisiblement. 

Déambuler dans les rues du sud, c'est s'offrir le bonheur d'un saut dans le temps.

Carcassone

La cité médiévale de Carcassonne est une des places les plus célèbres de France. Haut lieu de l'histoire médiévale, la cité est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Autant vous dire qu'il m'était impossible de rater cette occasion. 

C'est ainsi que je me retrouve avec les vieilles pierres de la ville à quelques centaines de mètres. Les remparts sont imposants vus d'en bas et protègent parfaitement les maisons encore occupées de la citadelle. Nous nous faufilons dans les petites rues calmes de la ville et montons tranquillement en direction de la forteresse qui nous surplombe. 

Carcassonne tire son nom de différentes légendes et épopées. Voici la légende de Dame Carcass. 

Charlemagne, assiégeait la ville depuis 5 ans. Les soldats étaient décimés par la famine et le seigneur était mort au combat. Seule restait son épouse, Dame Carcass, pour veiller sur la cité et ses derniers habitants. 

Jouant son va-tout, elle aurait disposé des mannequins de paille le long des remparts, puis décoché des flèches à l'arbalète en direction de l'armée de Charlemagne, espérant faire croire que les défenseurs de la cité étaient encore nombreux. Elle aurait ensuite gavé le dernier cochon de la ville avec les dernières rations de blé. 

Le cochon, une fois rempli, aurait été jeté du haut des remparts, finissant éventré au sol et déversant ainsi le contenu de sa panse.

Charlemagne aurait alors décidé de lever le siège, pensant que si la cité nourrissait encore ses cochons, c'est qu'elle devait avoir encore de longues réserves de nourriture devant elle. 

Dame Carcass, fit appeler Charlemagne pour faire la paix avec lui, avant qu'il ne quitte définitivement les lieux du siège. Elle fit sonner les trompettes et ainsi " Carcass sonne ". 

Bon, les cochons d'aujourd'hui et de l'époque ne remercient pas Dame Carcass, mais il faut reconnaître que c'était sacrément culotté que de donner les dernières rations de blé à ce pauvre petit cochon...

Nous franchissons enfin le pont-levis et pénétrons dans les ruelles de la cité. Il y a peu de monde à cette époque de l'année et on ne va pas s'en plaindre. La citadelle est pleine de charme malgré la présence des boutiques qui jalonnent les rues.  Le style architecturale est respecté et elles se font rapidement oublier. 

Roudoudou a été un peu déçu, malgré tout. Il aurait préféré voir des boutiques artisanales, plutôt que des boutiques de souvenirs kitsch. Il s'était fait une autre idée de la cité médiévale. Cela dit, on était contents de trouver la boutique de bonbons. 🙂 

Nous passons devant la Basilique Saint-Nazaire et ne pouvons résister à l'envie de pénétrer à l'intérieur. Considérée comme le joyau de la cité, la basilique mêle harmonieusement les styles gothiques et romans. L'intérieur comme l'extérieur sont impressionnants. J'ai particulièrement aimé l'immense vitrail en forme de rosace. 

Nous décidons finalement de nous diriger vers les remparts et de nous offrir le tour du propriétaire depuis les hauteurs. C'est un moment agréable de pouvoir découvrir la vie de la cité de "l'autre côté". Notamment les jardins aménagés dans un style très bourgeois.

J'ai trouvé que cela se fondait très bien avec le cadre général. En revanche, en haute saison, cela doit être compliqué de profiter de sa terrasse avec tous les touristes qui passent et regardent (comme moi :p) 

 

Les remparts Ouest offrent une belle vue d'ensemble sur la Basilique Saint Nazaire, tandis que les remparts Nord vous conduiront vers une architecture gallo-romaine.

En continuant notre bonhomme de chemin, nous apercevons un couple de faucons crécerelles qui virevolte au-dessus des remparts. Ils font des va-et-vient incessants, tournoyant et montant dans les airs avec une aisance déconcertante.

C'est une très belle rencontre qui aura illuminé cette journée.

Pour la petite info les faucons crécerelles sont protégés, comme toutes les espèces d'oiseaux en France, hormis celles destinées à la chasse. On peut les observer très souvent au-dessus des champs ou des autoroutes, à l'affût d'une proie. 

Il n'y a pas que les remparts de la cité médiévale de Carcassonne qui méritent le coup d'oeil. 

Le château de Carcassonne mérite une visite intérieure et vous pourrez également découvrir la Tour de Guet, le Hourd et sa galerie de bois, ainsi que le Musée. J'ai vraiment aimé ce moment. Il y avait une ambiance mystérieuse. Cela tient sans doute un peu des murs en pierre et des couloirs parfois mal éclairés. Cela fait une drôle d'impression lorsque l'on pénètre dans la Tour de guet et que l'on regarde à travers la meurtrière. 

On s'imagine les terribles batailles qui se sont déroulées dans ce lieu, armé d'une arbalète et de quelques carreaux. Comment se sentait le soldat au moment de déclencher son tir ?  (Sûrement plus en sécurité derrière sa meurtrière qu'à découvert sur un champs de bataille ^^)

Tout ça pour dire, que si ce n'est pas déjà fait, je vous invite à venir visiter la cité de Carcassonne, de préférence en basse saison, c'est-à-dire en dehors des week-end, des vacances scolaires et des journées  trop belles pour rester chez soi.

Oui, je sais ça fait beaucoup de conditions pas toujours faciles à réunir, mais vous arriverez bien à trouver une solution :p

De toute façon c'est un "must-do" dans la région. Passer à côté de la cité médiévale quand on est dans la région, c'est comme aller en Egypte sans voir les pyramides (si ça arrive et même hyper souvent !)

D'ailleurs, ça m'a tellement plu que je vous en remets une petite couche, mais en noir et blanc cette fois (c'est pour le côté mystique ;))

Au fil de l'Orb

Après cette journée au milieu des pierres, Roudoudou et moi avions envie d'un peu de nature. Basés à Sérignan, un petit village de l'Hérault situés à quelques kilomètres de Béziers, nous avions l'avantage d'avoir la verdure à portée de main. 

Mais allez savoir pourquoi, nous avons décidé de nous organiser une petite escapade fluviale au fil de l'Orb,  à bord d'un kayak gonflable. En nous déplaçant en kayak et étant donc plus ou moins silencieux, nous nous donnions davantage de chances de pouvoir observer la faune des ripisylves (bord des cours d'eau). 

 

Nous avançons tranquillement au gré des coups de pagaies que nous donnons en rythme. Il n'y a pas âme qui vive. Seule la petite départementale qui longe la rivière nous rappelle que nous sommes à proximité d'habitations. 

Aucun animal aquatique ou oiseau n'a fait son apparition depuis que nous avons quitté le village. Je pense que nous allons au devant d'un bel échec, mais qui sait, de belles surprises arrivent souvent lorsque l'on s'y attend le moins. 

Nous arrivons à observer les cavités creusées sous les berges. Sans doutes les terriers de ragondins. Personnellement, je n'ai pas spécialement envie d'en croiser un...ils peuvent se montrer un tantinet grognons et ont une belle paire d'incisives pour vous faire sentir leur humeur. 

Le ciel est d'un bleu profond et quelques nuages nous offrent leur compagnie. 

Au fur-et-à-mesure que nous avançons, un mélodie se fait entendre au loin. Finalement, au détour d'un coude le son se fait plus net. Deux voiliers sont amarrés et des enfants s'amusent à sauter d'un bateau à l'autre. Ils utilisent une corde fixée en haut du mat comme une liane.

Je me dis sans trop de difficultés que ces enfants doivent être heureux de grandir dans ce genre de cadre. Je les imagine vivre une vie de nomade, à parcourir les mers avec leurs parent.

 

(Me voilà qui me perds dans de vieux fantasmes de mon adolescence.)

Une femme est sur le pont et joue un air au saxophone. Le jour commence légèrement à décliner et les couleurs se font plus chaudes. L'air est légèrement mélancolique. Tout est absolument parfait. Le lieu, le moment et l'instrument. Nous finissons d'écouter cet air pendant que nous progressons sur les eaux calmes de l'Orb. 

La musique finit par disparaître derrière une rangée de roseaux. 

On s'est littéralement régalés à l'écouter jouer. 

Toujours aucun signe de vie animal à l'horizon.

Les herbes hautes qui jalonnent les rives de l'Orb se répètent inlassablement. Agitées par le petite bise qui souffle doucement entre les deux rives, les cheveux au vent, elles offrent un spectacle hypnotisant. 

Quelques mouettes et de jeunes goélands viennent rompre le rythme tranquille de cette petite balade. Le calme et le silence ont envahi les alentours. Nous avons l'impression d'être seuls au monde. 

Une buse variable finit par nous faire l'honneur de pointer le bout de son bec. C'est un oiseau très commun, que vous pouvez observer très facilement. Vous l'avez sans doute déjà vu perché sur les poteaux qui jonchent les autoroutes à attendre qu'un petit mammifère tente une sortie. 

Après avoir survolé les vignes qui longent la rive gauche, l'imposante buse se pose au sommet d'un arbre,  s'offrant ainsi le meilleur des observatoires. Elle en repartira après quelques minutes de surveillance, à la recherche d'un buffet plus garnit.  

Nous arrivons finalement au terme de cette balade. Malheureusement, la faune sera restée timide ce jour là, mais les couleurs du soir en revanche, n'auront pas été avares. 

Les vignes alentours nous offrent de magnifiques tons aux reflets dorés, orangés et l'horizon se pare de violet et magenta. Les couleurs du crépuscule nous offrent la meilleure des fins. Après une semaine à découvrir les alentours de l'occitanie, j'ai hâte d'en découvrir davantage lors d'une prochaine escapade, notamment les Châteaux Cathares qui m'ont fait de l'oeil, mais aussi la campagne environnante qui réserve de magnifiques surprises. 

Informations pratiques

  • Tous les parcs n'appliquent pas les mêmes règles. Je vous invite à vous renseigner sur la réglementation en vigueur au sein du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en vous rendant directement sur leur site, que ce soit pour votre bien ou celui de la nature. D'une manière générale, ne cueillez pas de plantes, certaines sont protégées et/ou menacées, ne dérangez pas les animaux sauvages que vous pourriez croiser et ne laissez pas de trace de votre passage 🙂
  • La visite de la cité médiévale de Carcassonne est gratuite et même possible de nuit. Seule la visite des remparts nécessite le paiement d'une entrée. Au moment de mon passage en Mars 2017, ce montant s'élevait à 9€. Vous pouvez également vous rendre sur le site de l'Office du tourisme de la ville, vous y trouverez plein d'informations utiles.

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