Mont Merapi entouré de nuages depuis le Mont Merbabu
Asie,  Indonesie

Ascension du Mont Merbabu : Bivouac au coeur des volcans d’Indonésie

L’ascension du Mont Merbabu, est une randonnée très courtisée par les indonésiens et étrangers dans le centre de l’île de Java. Réputée difficile, elle offre un panorama idéal sur le célèbre Mont Merapi, et est une alternative idéale lorsque ce dernier est fermé au public. En tant qu’amatrice de grands espaces et de randonnées, réaliser cette ascension en indépendante et bivouaquer à 3 142 mètres d’altitude fut un vrai défi physique et une expérience inoubliable.

Cela fait maintenant plusieurs heures que le vent souffle avec rage entre les petites maisons du camp de base de Wekas, sur la face Nord du Mont Merbabu. Les fenêtres de la petite maison vibrent sous la pression du vent et la poussière s’immisce partout dans la pièce. J’ai tenté toute la nuit d’échapper au bruit et au froid en m’enfonçant toujours plus dans mon sac de couchage. Sans succès. Le hurlement du vent me laisse dubitative quant à la possibilité de faire cette randonnée. J’ai l’impression que c’est une véritable tempête qui s’annonce. J’ai du mal à imaginer comment Alex et mois allons pouvoir faire cette ascension en toute sécurité.

Le soleil se lève lentement sur la vallée. Il est temps d’aller vérifier ce qu’il en est réellement. Après un rapide tour à l’extérieur, la réalité et bien moins dramatique qu’elle ne le laissait penser. Après quelques échanges avec d’autres randonneurs indonésiens, ils nous confirment que les conditions météo sont favorables à l’ascension. Une soupe de nouilles et un bol de riz plus tard, nous quittons le camp de base sans vraiment savoir ce qui nous attend en chemin. La plupart des randonneurs font l’ascension en aller-retour par le versant Sud en deux ou trois jours en montant de nuit et avec un guide. Alex et moi avons dans l’idée de faire l’ascension du Mont Merbabu du Nord au Sud en indépendants avec une seule nuit de bivouac au sommet.

Autant dire qu’on n’a pas vraiment le temps de niaiser et que les questions sans réponses sont multiples. Nous tentons notre chance en espérant que cette randonnée ne présentera pas de difficultés particulières. Malgré nos multiples recherches, nous n’avons trouvé que très peu d’information sur le dénivellé, le niveau de difficulté de la randonnée ou les passages à risques. Beaucoup d’informations sont contradictoires et le flou est grand, au moment où nous quittons la petite maison qui nous a accueillis pour la nuit.

A peine arrivés sur le sentier, nous sommes déjà bloqués par un arbre tombé en travers du sentier. Impossible de savoir s’il est là depuis longtemps ou s’il est tombé dans la nuit. Ce n’est pas vraiment rassurant. Les arbres craquent bruyamment et certaines branches tombent autour de nous. Le vent n’a pas faibli depuis cette nuit et bien qu’il soit moins impressionnant que dans la nuit, il reste puissant. L’ambiance n’est pas à la réjouissance. J’avance en gardant les yeux sur les arbres. Tous ces bruits sont angoissants. Je n’arrive pas à m’oter de l’esprit l’idée qu’un arbre pourrait nous tomber dessus à n’importe quel moment.

Je garde le rythme autant que possible, mais le chemin est raide et escarpé. Le dénivelé est particulièrement important et ne permet pas d’avancer aussi vite que prévu. Cela fait seulement quelques minutes que nous sommes partis et je suis déjà en nage. Je m’arrête régulièrement pour reprendre mon souffle. Les différentes randonnées que j’ai faites que ce soit aux Lacs de Chesery ou dans le Massif du Pilat avaient moins de dénivellé et mon sac à dos était moins lourd. J’ai le sentiment de franchir une étape dans mon expérience de randonneuse.

Les racines des arbres servent de marches et de prises sur les parties les plus pentues. D’après les rares informations que nous avons eues, cette ascension est supposée durer 6 heures jusqu’au sommet. Je doute plusieurs fois de mes capacités à atteindre le sommet du Mont Merbabu. Mes cuisses sont en feu et si le chemin est aussi raide tout le long, je ne crois pas pouvoir y parvenir. Mais j’avance. Pas après pas, je me rapproche du sommet et repousse un peu plus mes limites.

Après ce qui me semble être deux heures de luttes, la zone forestière prend fin. Les bruits inquiétants de la forêt malmenée par le vent cessent soudainement. Le paysage se dégage et les premières lignes de crêtes appraissent. Le contraste des couleurs est magnifique. Une palette de bleu, de jaune et d’ocre jetée sur le relief de la montagne qui me rappelle l’Iran et la chaîne des Alborz nous accueille. Les premiers sommets apparaissent enfin devant nous. 

Le campement numéro 2 est quelques mètres plus loin. Les randonneurs sont en train de démonter leur tente. Nous profitons de la présence d’une citerne pour remplir nos gourdes et purifier l’eau (au cas où). Le vent souffle toujours et refroidit l’air. Je suis fatiguée et j’ai froid. J’ai envie de renoncer pour retrouver le confort et la chaleur de la vallée indonésienne, mais l’envie d’aller jusqu’au bout est aussi très forte.

Je m’aventure rapidement au bord de la falaise pour profiter de la vue. Je reste à bonne distance du vide. J’ai dans l’idée qu’une rafale de vent un peu plus puissante que les autres pourraient bien avoir des conséquences facheuses. En face de moi se dressent les Monts Sindoro et Sumbing. Avec l’avancée du jour, la vallée s’est voilée sous sa couche de purée de pois. Les deux volcans n’en restent pas moins impressionnants. Tranchants au milieu du paysage, ils dégagent un je-ne-sais-quoi de mystérieux et de captivant.

Ascension du Mont Merbabu - Campement 2
Ascension Mont Merbabu Face Nord
Vue sur les Monts Sindoro et Sumbing depuis le Mont Merbabu

Nous demandons quelques conseils autour de nous et l’on nous confirme que le sommet est à environ trois heures de marche. Une fois de plus personne n’est vraiment en mesure de nous donner des indications vraiment claires sur l’état du sentier et le niveau de difficulté qui nous attend. La chance sourit aux audacieux et nous poursuivons en direction du sommet. Le chemin qui quitte le campement numéro 2 est dégagé et plus technique. Rocailleux et étroit, on avance enclavés entre deux parois de roches.

Après la dernière crête avant le sommet, un groupe de randonneurs fait son apparition devant nous. Eux aussi montent vers le sommet du Mont Merbabu. Leur présence est rassurante. Le sentiment de solitude et de vulnérabilité s’évapore soudainement. La montagne devient plus familière et accueillante. Entamer l’ascension du Mont Merbabu en indépendant est une aventure excitante où la peur, l’adrenaline et l’excitation jouent un rôle majeur. Soudain, le vent s’arrête. Aussi violent que les rafales qui le précédaient, le calme s’installe brutalement. Comme si nous avions franchi un mur. La température remonte rapidement et ainsi la motivation.

Les herbes jaunies par le soleil dansent sur les flancs de la montagne au rythme de la bise qui revient par intermittence. Telles de petites vagues, leur ondulation est hypnotique. Alors que nous faisons une petite pause déjeuner sur la dernière crête avant le somment, nous sommes soudainement enveloppés par les nuages. Surgissants du fond de la vallée, ils montent rapidement et recouvrent tout de blanc. Légèrs et duveteux, ils courrent au-dessus de nos têtes et s’échappent aussi rapidement qu’ils sont venus.

 

Crête sous les nuages sur le Mont Merbabu
Crête sous les nuages sur le Mont Merbabu
Vue sur le sommet du Mont Merbabu via face nord
Passage de corniche sur le Mont Merbabu

Quelques minutes plus tard, le ciel est à nouveau dégagé. Après quelques dernièrs efforts et le passage d’une corniche et une séance d’escalade d’un mètre ou deux, nous atteignons enfin le sommet. La vue est époustouflante. Le Mont Merapi se dresse juste devant nous. Enveloppé par des nuages, son sommet se dégage par intermittence.

Sa stature est impressionnante. Parcouru de rides et de plis formés par les différentes coulées de laves que le volcan a connues, de nombreux maraichers  profitent de la richesse de son sol. Des carrés de verdures grimpent progressivement le long du Mont Merapi contrastant avec les couleurs terreuses et rocailleuses de la montagne. Derrière nous, au Nord, les nuages ont recouvert la vallée. Tout a disparu, englouti par la mer de nuages. Il ne reste plus que les derniers randonneurs qui ont quitté leur campement tardivement qui arrivent et repartent au compte-gouttes.

 

Mont Merapi entouré de nuages depuis le Mont Merbabu
Sommet du Mont Merbabu - 3142 mètres
Panorama depuis le Mont Merbabu

Après une longue hésitation, l’emplacement de la tente est choisi. Dans une petite cuvette à l’abri du vent, nous sommes juste en face du Mont Merapi. Ce dernier disparait lentement dans l’obsucrité grandissante. Il ne reste plus rien que le noir le plus total lorsque nous nous enfonçons dans nos sacs de couchage. A l’abri du vent, nous serons aux premières loges pour admirer le lever de soleil.

Quelques heures plus tard, des voix venant de l’extérieur me tirent de ma somnolence. Impossible de comprendre ce qui se dit. A peine sortie de la tente, c’est le choc. Le vent a soufflé tous les nuages et le Mont Merapi est à découvert. Le spectacle est féérique. Ce sont des milliers de lumières qui scintillent au pied du volcan et s’étendent au loin dans le noir. Les tentacules de la ville grimpent légèrement en direction du sommet du volcan, là où quelques heures plus tôt se trouvaient des champs et des cultures.

Je fais quelques pas dans la nuit à l’aide de ma lampe frontale. J’aperçois au loin les coulées de lave des Mont Sumbing et Sindoro. Deux courtes coulées rougeoyantes qui brillent avec force dans la nuit. Le choc est énorme. J’en reste sans voix. C’est la première fois que j’assiste à un tel spectacle. C’est fascinant et captivant. Sans le froid de l’altitude et le vent soufflant, je serai sûrement restée plus longtemps, à admirer le spectacle.

La nuit fût courte et le lever de soleil arrive rapidement sous ces latitudes. Le froid aura eu raison de la batterie de mon reflex dans la nuit, mais peu importe, le lever du jour aura été un moment fabuleux, de ceux que l’on garde imprimé dans le retine pour de très longues années. L’heure de redescendre est arrivée. Il est presque 8 heures du matin et nous avons encore beaucoup à parcourir. Nos gourdes sont à sec (nous avons raté le dernier point de ravitaillement lors de l’ascension), et nous ne savons pas dans quel état est le sentier (comme d’habitude).

Comme pour la montée, il nous faudra près de 5 heures de marches soutenue dans la poussière glissante du sentier et quelques belles glissades pour arriver au camp de base de Selo, sur la face Sud. 5 heures durant lesquelles nous avons pu admirer le Mont Merapi, qui nous faisait face. Un spectacle magnifique qui vaut largement tous les efforts consentis pendant ces deux jours de randonnée sur le Mont Merbabu.

 

Vue sur le Mont Merapi depuis la face sud du Mont Merbabu

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