Rohingyas
Réflexions

Les Rohingyas, le peuple oublié

En choisissant la Birmanie comme destination, je savais que j'allais mettre les pieds dans une région où les droits de l'homme sont bafoués. Cependant, j'étais loin d'imaginer le calvaire des Rohingyas.

La Birmanie est composée à 95% de bouddhistes, 4% de musulmans et le reste, de chrétiens ou autres confessions religieuses.

Parmi tout ce petit monde (55 millions d'habitants) il y a une multitude ethnies (130 de mémoire), les Shan, les Kachin, les Rakhines etc... et les Rohingyas, musulmans implantés principalement dans le nord-ouest du pays et issus à l'origine, des régions frontalières indiennes et bangladaises.

Et bien, figurez-vous que ces personnes, qui vivent depuis des générations et des générations en Birmanie, sont apatrides depuis 1982.

C'est-à-dire qu'ils ne sont plus considérés comme citoyens birmans et de fait, qu'ils n'ont aucune nationalité. Ils sont tout simplement exclus de la population. Et cela, uniquement parce qu'ils ne sont pas bouddhistes et que leurs ancêtres viennent en partie du Bangladesh.

Thein sein (Président Birman au moment où j'écris cet article) a déclaré à propos des Rohingyas qu'"il est impossible d'accepter leur présence en Birmanie, qu'ils sont entrés illégalement dans le pays et qu'ils ne font pas partie du système ethnique birman."

Mais alors, qui sont-ils ?Officiellement personne. Ils sont inexistants. Ils n'ont ni nationalité, ni droits. Aucun accès à l'éducation, difficultés d'accès au mariage, contrôle des naissances etc.

En plus d'être mis au banc de la société, les Rohingyas sont traqués. Les Nations Unies les ont classés comme minorité la plus persécutée au monde. Le rejet et les persécutions se sont intensifiées au point de rendre la situation critique.

 

Le point de départ

Mai 2012. Une jeune birmane Rakhine est violée et tuée. La rumeur se répand comme une trainée de poudre sur Internet d'abord, puis dans la presse birmane. Les auteurs seraient Rohingyas. Quelques jours plus tard, un bus transportant des Rohingyas est attaqué par des Rakhines. Les occupants du véhicule sont lynchés.

Et c'est l'escalade...

Parce que l'on est face à une presse birmane qui tatonne face a une nouvelle liberté d'expression, bien que relative et qui commet des "maladresses" (pourquoi dire que la victime est bouddhiste et les agresseurs musulmans ? D'ailleurs, ne retrouve-t-on pas les mêmes travers dans la presse française ?)

Parce que l'on est face à un pays qui a vécu 50 ans de régime militaire sévère et qui aujourd'hui, déverse sa frustration sur une minorité, victime de la désinformation et de la manipulation d'un gouvernement qui souhaite maintenir la division dans le pays et d'un moine illuminé et extrêmiste.

Oui. Un moine Rakhine prétendument bouddhiste, appelant à la guerre contre les Rohingyas, aux meurtres de familles, brûlant maisons et massacrant des villages entiers, dans le but de préserver la race birmane pure, car selon lui, celle-ci est vouée à disparaître si les bouddhistes ne réagissent pas.

Cet homme, Ashin Wirathu, qui appelle à la guerre civile au nom de Bouddha, s'est auto-proclamé le Ben-Laden bouddhiste.

Malgré des annonces et des promesses du gouvernement à l'encontre de ces exactions, il n'est pas impossible que ces derniers attisent les tensions. Ceci permettrait de justifier le retour de la censure et d'une présence militaire plus forte dans la région et dans tout le pays.

 

Résultat

Des milliers de gens sont obligés de fuir leur pays et leurs racines, de passer la frontière du Bangladesh clandestinement pour avoir une chance de survivre et de se cacher une fois là-bas. Oui, parce que le Bangladesh n'en veut pas non plus. Et le pire dans tout ça, c'est qu'on en parle pas dans la presse occidentale.

Parce que tout le monde s'en fout, ou presque.

Parce que la seule personne qui bénéficie d'un peu d'attention en occident, Aung San Suu Kyi, demeure silencieuse sur le sujet. Oui, Mme Prix Nobel de la Paix évite la question.

Les élections approchent et elle ne peut se permettre de se mettre à dos une partie de son électorat, alors qu'elle a tant de choses à mettre en oeuvre.

Parce que depuis l'"ouverture" de la Birmanie, de grands projets commerciaux se dessinent. Alors, remettre en place les sanctions internationales qui viennent d'être levées, risquerait de compromettre les travaux de Total dans le sud du pays et puis s'ils délocalisent des populations pour pouvoir s'implanter, ce n'est pas très grave...il n'y a pas de petits sacrifices comme on dit.

Parce que les régions dans lesquelles se déroulent ces drames sont interdites aux étrangers et qu'il est difficile (impossible) pour la presse internationale de rendre compte de la situation.

Parce que quelques ONG qui travaillaient sur place, ont dû quitter la région et le pays, face aux menaces et aux attaques des Rakhines, qui les accusent d'être parti pris en faveur des Rohingyas.

Alors voilà, j'ai passé un mois incroyable en Birmanie. J'ai découvert les personnes les plus accueillantes, souriantes et gentilles que j'ai jamais rencontrées.

A aucun moment, je n'ai eu le sentiment qu'il pouvait m'arriver quoique ce soit de mal. Je me suis rarement sentie plus en sécurité qu'en Birmanie (tout un paradoxe) et je n'ai assisté à aucun des événements décrits dans cet article.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé d'aller dans l'ouest, il parait que c'est magnifique, mais la région était fermée aux étrangers lors de mon passage (comme c'est bizarre.)

J'ai dépensé sur place la modique somme de 450 euros en espérant l'avoir distribuée à bon-escient et en évitant les commerces gouvernementaux.

Mais en réalité, une grande partie de cet argent est arrivée dans les poches du gouvernement et sans doute des moines extrêmistes Rakhines et les aide à massacrer des populations, à entretenir des infrastructures de télécommunication pour pouvoir continuer à diffuser en masse des messages islamophobes et haineux.

Si j'avais été plus curieuse avant mon départ, j'aurais abordé mon voyage différemment. Je serai quand même partie, mais j'aurais prêté plus attention à certains détails.

Malgré tout, je reste convaincue que l'ouverture vers le monde extérieur et le tourisme intelligent seront salutaires. L'accès à internet et aux médias étrangers contribueront à sortir les birmans de leur léthargie.

Il y a bien d'autres drames qui se jouent en là-bas. La malnutrition, et les conflits armés pour l'indépendance de l'état Kachin, notamment. Mais celui des Rohingyas m'a particulièrement interpellée et touché.

Peut-être parce que des moines souillent les préceptes bouddhistes. Peut-être parce qu'une fois de plus une minorité est stigmatisée à cause de l'ignorance des gens. Peut-être parce que des autocollants sont distribués aux "vrais" birmans (bouddhistes), leur permettant d'être identifiés clairement. On a déjà connu ça en Europe dans les années 30/40. Souvenez-vous, c'était pour identifier les "autres".

Ou simplement parce que le silence tue.

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